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LA NUMÉRATION ANCESTRALE MARQUISIENNE (Tentative d'élucidation)

Écrit par

nombres3

NUMÉRATION DE L’ANCIENNE CULTURE MARQUISIENNE

De nos jours, nombreux sont les Marquisiens, surtout les plus âgés, qui utilisent le français pour donner leur année de naissance. En effet, ils ont du mal à exprimer en marquisien les nombres supérieurs à cent.

Dans cet article, nous essayerons de comprendre comment comptaient les anciens Marquisiens et pourquoi, encore de nos jours, nombreux sont leurs descendants qui répugnent à compter comme leurs ancêtres lorsqu’ils s’aventurent à dépasser la centaine.

 

I - PRÉAMBULE

En préambule, je vous présente un extrait du « Récit aux Îles Marquises » (Éditions Haere Pō, Tahiti, 2007) du Pasteur William Pascoe. À la page 73, voici ce qu’il écrivait en 1799 à propos de la récolte des mei, les fruits de l’arbre à pain, et la manière de les compter.

« Quand arrive meinui, la saison d’abondance des fruits à pain, les habitants cueillent les fruits avant qu’ils ne soient mûrs. […] Ils attachent ensemble par le milieu deux longues tiges de graminées et, à l’aide d’un nœud coulant qu’ils resserrent, fixent à chacune des extrémités autant de fruits (*note : un fruit à chaque extrémité = 4 mei au total). Le vocable pona signifie un nœud ; il devient ainsi l’unité qui leur sert à compter les fruits et, par là, à s’assurer de la quantité gardée en réserve (*note : dans les fosses à ma : ùama). Ils calculent que tant de pona font un àu, dix àu font un mano, dix mano font un tini qui signifie, selon les îles, de quarante à quatre-vingt mille. […] Quelques chefs récoltent plusieurs mano de fruits à pain, et on a déjà vu une récolte atteindre un tini. Peu d’insulaires savent calculer les chiffres les plus élevés. Mais quelques-uns ont une idée de nombres encore plus grands que ceux déjà cités, en comptant que dix tini valent un tuhivā, et que dix tuhivā valent un poho, atteignant ainsi quatre à huit millions. »

À la page 257 de son dictionnaire, Mgr Dordillon écrit que cette manière de compter par 4 se nomme « tauka ».

Il est intéressant de noter que c’est probablement la nécessité de calculer les réserves de fruits à pain qui a provoqué la création de nombres allant au-delà du million.

¤- En résumé, voici ce que cela donne sous forme de tableau :

Unités

           Îles du nord-ouest

           Îles du sud-est

 1 pona

                      4

                      4

   1 àu

        = 10 touhā = 10x40

          = 5 touhā = 5x40

                 = 400

                  = 200

1 mano

                                             = 10 àu

                = 4000

                 = 2000

1 tini

                                          = 10 mano

               = 40 000

              = 20 000

1 tuhivā

                                           = 10 tini

              = 400 000

             = 200 000

1 poho

                                         = 10 tuhivā

             = 4 000 000

            = 2 000 000

¤- Remarques

*- Si l’on sait que les Marquisiens utilisaient communément les dizaines (ònohuu), les vingtaines (tekau) et les quarantaines (touhā) ; on constate que, pour les mei, ils utilisaient un autre système. Ils comptaient les mei par 4 (1 pona = 4 mei) ; ensuite, en multipliant par dix, ils obtenaient des àu, des mano, des tini, des tuhivā et des poho.

*- Ce tableau est inspiré des dictionnaires de Mgr Dordillon, éditions de 1903 et de 1931. Il avait séjourné 40 années aux Marquises et maîtrisait les nombres. Crook n’était resté que 18 mois et ce tableau montre qu’il se trompait quand il disait qu’un mano correspondait à 40 000 ou 80 000 selon les îles ; ou qu’un poho pouvait atteindre 4 à 8 millions.

*- Mgr Dordillon explique aussi que les valeurs différentes attribuées aux unités selon les îles compliquaient l’enseignement du calcul aux enfants.

En effet, dans les dictionnaires Dordillon, on apprend que le àu équivalait à 200 dans le groupe sud-est, et à 400 dans le groupe nord-ouest. De même, un mano valait 2000 dans le groupe sud-est et 4000 dans le groupe nord-ouest.

À une date qui n’est pas précisée mais que j’estime proche de 1858, date de la première école ouverte à Taiohae, les autorités de l’Église et de l’État ont appliqué les simplifications suivantes tirées des dictionnaires de l’évêque :

« Pour faciliter les opérations arithmétiques, nous avons réduit à 100 le àu et à 1000 le mano. À l'aide de ces deux mots ainsi réduits nous avons formé les expressions suivantes :

- 1000, e tahi mano (ònohuu àu).

- 10 000, ònohuu mano.

- million devient mirione, (ònohuu àu o te mano).

- billion devient pirione, (e tahi mano o te mirione).

- trillion devient tirione, (e tahi mano o te pirione).

Mirione, pirione, tirione, sont des mots nouveaux que nous avons empruntés à la langue française pour faciliter les opérations arithmétiques. »

J’ajoute ici que, si le mot mirione continue à être utilisé de nos jours, le mot pirione (billion) a disparu pour être remplacé par le mot miriā, imité du français « milliard ». 

Et maintenant, pour avoir une vision globale de la manière ancienne de calculer, revenons au commencement.

 

II - NUMÉRATION ANCIENNE

I – De 1 à 29, les anciens ne comptaient pas comme nous comptons aujourd’hui ; rappelons-nous que le mot ìma signifie à la fois « main » et « cinq ». C’est avec ces deux significations que l’on retrouve ce mot dans le vocable tahitien et māori de Nouvelle-Zélande sous la forme « rima » ; et aussi en hawaiien et en javanais, « lima », ainsi qu’en wallisien « nima ».

1)- Les nombres de 1 à 9 ; chaque chiffre/nombre est unique.

0, aè he mea ; 1, e tahi ; 2, e ùa ; 3,e toù ; 4,e hā ; 5, e ìma ; 6, e ono ; 7, e hitu ; 8, e vaù ; 9 e iva.

2)- Les nombres de 10 à 19 ; on introduit les dizaines : ònohuu. On y ajoute les unités. Dans tous les tableaux ci-après, la numérotation ancienne est celle proposée par Mgr Dordillon dans les éditions 1903 et 1931 de son dictionnaire.

Nombres

Numération ancienne

Numération moderne

10

(E tahi) ònohuu

Ònohuu

11

Ònohuu e tahi mea kē

Ònohuu ma tahi

12

Ònohuu e ùa mea kē

Ònohuu ma ùa

13

Ònohuu e toù mea kē

Ònohuu ma toù

14

Ònohuu e hā mea kē

Ònohuu ma hā

15

Ònohuu e ìma mea kē

Ònohuu ma ìma

16

Ònohuu e ono mea kē

Ònohuu ma ono

17

Ònohuu e hitu mea kē

Ònohuu ma hitu

18

Ònohuu e vaù mea kē

Ònohuu ma vaù

19

Ònohuu e iva mea kē

Ònohuu ma iva

3)- Les nombres de 20 à 29 ; on introduit les vingtaines : tekau. On y ajoute les unités.

Nombres

Numération ancienne

Numération moderne

20

E ùa ònohuu. / Tekau.

Tekau

21

Tekau me te mea kē e tahi.

Tekau ma tahi.

22

Tekau me te mea kē e ùa.

Tekau ma ùa.

23

Tekau me te mea kē e toù.

Tekau ma toù.

24

Tekau me te mea kē e hā.

Tekau ma hā.

25

Tekau me te mea kē e ìma.

Tekau ma ìma.

26

Tekau me te mea kē e ono.

Tekau ma ono.

27

Tekau me te mea kē e hitu.

Tekau ma hitu.

28

Tekau me te mea kē e vaù.

Tekau ma vaù.

29

Tekau me te mea kē e iva.

Tekau ma iva.

 

II- De 29 à 99, de nos jours aussi, nous comptons différemment des anciens marquisiens qui avaient le mot touhā pour exprimer les quarantaines.

Nombres

     Numération ancienne   

        Numération moderne

     30

E tahi tekau me te ònohuu.

             E toù ònohuu

     31

(E tahi) tekau me te ònohuu me te mea kē e tahi.

         E toù ònohuu ma tahi

     40

(E tahi) touhā. / E ùa tekau.

              E hā ònohuu

     42

(E tahi) touhā me te mea kē e ùa.

E ùa tekau me te mea kē e ùa.

         E hā ònohuu ma ùa

     50

(E tahi) touhā me te ònohuu.

E ùa tekau me te ònohuu.

              E ìma ònohuu

     53

(E tahi) touhā me te ònohuu

me te mea kē e toù.

E ùa tekau me te ònohuu me te

mea kē e toù.

        E ìma ònohuu ma toù

     60

Touhā me te tekau.

E toù tekau.

              E ono ònohuu

     64

Touhā me te tekau me te mea

kē e hā.

E toù tekau me te mea kē e hā.

          E ono ònohuu ma hā

     70

(E tahi) touhā me te tekau me te ònohuu.

E toù tekau me te ònohuu.

              E hitu ònohuu

     75

E toù tekau me te ònohuu me te mea kē e ìma.

(E tahi) touhā me te tekau me te ònohuu me te mea kē e ìma.

         E hitu ònohuu ma ìma

     80

     E ùa touhā. / E hā tekau.

              E vaù ònohuu

     86

E ùa touhā me te mea kē e ono.

E hā tekau me te mea kē e ono.

        E vaù ònohuu ma ono

     90

E ùa touhā me te ònohuu.

E hā tekau me te ònohuu.

              E iva ònohuu

     97

E ùa touhā me te ònohuu me te mea kē e hitu.

E hā tekau me te ònohuu me te

mea kē e hitu.

       E iva ònohuu ma hitu

 

III- Compter à partir de cent (100)

Un peu plus haut nous avons vu que les autorités françaises avaient opté pour les mots àu et mano respectivement pour cent (100) et mille (1 000). Or, de nos jours, ces mots ont disparu pour être remplacés par les mots hānere (100) et tautini (1000).

Ces deux mots sont tahitiens et sont calqués sur les mots anglais thousand et hundred. Il est à noter que, si le mot hānere est un emprunt intégral, le mot tautini pourrait être marquisien ; en effet, il est composé de tau, marque de pluriel et de tini qui, comme nous l’avons vu plus haut, équivalait à vingt ou quarante mille selon les îles. De surcroît, de nos jours, on utilise aussi tini répété trois fois lorsque le nombre évoqué est important et/ou incalculable.

Exemple :

« Une foule innombrable est venue à la fête. »

« U tihe mai tini tini tini ènana i te koika. »

 

Tableau de numération à partir de cent (100)

Remarques

Il faut signaler ou rappeler ici que la particule « e » n’est présente que devant les unités et donc pas devant 10, ònohuu, 20, tekau, 40, touhā, 100, àu/hānere, 1000, mano/tautini, mirione/mirioni et miria.

De plus, dans les dictionnaires Dordillon, c’est l’ancienne valeur des àu (200) et des mano (2000) du groupe sud-est qui est employée. On y découvre aussi que les àu et les mano étaient divisés en 5 tuma chacun ; un tuma de àu équivaut donc à 20, et un tuma de mano équivaut à 200, toujours au sud-est. Cela signifie aussi que, à compter de 200, on n’utilisait plus tekau/touhā (20/40) pour les divisions des centaines ; on les remplaçait par tuma.

                                                 Toutes les Îles Marquises

Nombres

       Numération ancienne

          Numération moderne

   100

E ìma tekau.

E ùa touhā me te tekau.

Après 1855 : (e tahi) àu.

                     Hānere

   201

Groupe S-E : (e tahi) àu me te mea kē e tahi.

Après 1855 : e ùa àu me te mea kē e tahi.

           E ùa hānere ma tahi

   324

(S-E) E tahi àu e ìma tuma me te tekau me te mea kē e hā.

Après 1855 : e toù àu me te tekau me te mea kē e hā.

E toù hānere (me te) tekau ma hā

  1000

(S-E) E ìma àu.

Après 1855 : (e tahi) mano.

                    Tautini

  4568

(S-E) E ùa mano e ùa àu e ìma tuma me te toù tekau me te mea kē e vaù.

Après 1855 : e hā mano me te ìma àu me te toù tekau me te mea kē e vaù.

E hā tautini e ìma hānere e ono ònohuu ma vaù

10000

(S-E) E ìma mano.

Après 1855 : ònohuu mano.

          Ònohuu tautini

100 000

(S-E) E ìma tekau e ìma àu.

Après 1855 : e tahi àu e tahi mano

          Hānere tautini

1 000 000

                               E tahi mirione/mirioni

Un milliard

                     Ø

           E tahi miriā

Un billion

          E tahi pirione

                       Ø

À vous de jouer… ou de compter !

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau en mars 2017, mis-à-jour en 2020

 

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