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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

CIRCONCISION OU SUPERINCISION DU PRÉPUCE ?

Écrit par

circoncision

(Photo de l'opération d'un mannequin en caoutchouc)

 

CIRCONCISION OU SUPERINCISION DU PRÉPUCE ?

Il y a quelques jours seulement, un de mes abonnés me demandait si la circoncision était une tradition marquisienne ou si cette pratique avait été imposée par les missionnaires catholiques. Je lui ai répondu en lui faisant parvenir les notes suivantes prises au long de mes lectures et que je vous présente après remise en bonne forme.

 

PRÉAMBULE


1) – Plan culturel

Ce n’est pas le lieu ici de prendre parti pour ou contre cette pratique ; il est clair, néanmoins, qu’il n’est plus acceptable qu’elle soit désormais appliquée à un garçon ou un jeune homme de la République contre son gré.


2)- Plan sémantique

a) – En marquisien, la pratique se dit « tehe » ou « pātehe » ; ce sont les mêmes mots utiliser pour « castrer, châtrer », une opération pourtant plus radicale.

Comme on le lira plus bas, les hommes non-circoncis, les étrangers non-circoncis étaient traités de « pia/pià ».

Dans un article en marquisien que j’ai écrit sur le sujet, mon amie Teèi Kimitete me dit que les jeunes non-circoncis étaient appelés « pia mimitū » alors que les hommes mûrs non-circoncis étaient traités de « tetepūhei ».

http://www.te-eo.com/index.php/eo-enana/tau-tukuia-maakau-na-u-ta-u/item/202-na-komai-enana-e-ua

De nos jours, on insulte de « karaihi » (le riz) les gens qu’on n’aime pas en référence à l’eau de lavage du riz dont la couleur et la texture gluante ressemblent à la sécrétion naturelle blanche produite autour du gland du sexe masculin.

*- Petite anecdote

Tous les navigateurs de passage ont écrit que les Marquisiennes et les Marquisiens vivaient nus ; pourtant, à l’exclusion des rapports sexuels, leurs parties intimes étaient cachées, réservés aux seuls bénéficiaires…

En 1804, lors du passage de l’expédition russe dirigée par Adam von Krusenstern, ce dernier relate la scène suivante. Alors que des Marquisiennes nagent autour du navire, un soir, afin de monter à bord, un marin russe vient uriner par-dessus bord un peu plus loin, exposant son sexe à leur vue. Les Marquisiennes se mettent alors à hurler, réclamant la disparition de l’engin pour lequel, contre cadeau, elles étaient pourtant venues requérir l’usage. Pour elles, le sexe masculin était réservé à la vue de celles qui en profitaient, et non au public…

b) - En Polynésie française, et peut-être ailleurs dans les anciennes colonies, on a forgé le vocable « circonciser » alors qu’en réalité le mot correct est « circoncire », dont le sens premier hérité du latin « circumcidere » est « couper autour de… » ; les mots dérivés de « circoncire » sont « circoncis, non-circoncis et circoncision », ce qui nous conduit au point suivant :

c) - IL NE FAUT PAS CONFONDRE CIRCONCISION ET SUPERINCISION !!!

Par une incision qui en fait le tour complet, la première prive l’homme de la totalité de son prépuce ; la seconde est une simple incision sur sa partie supérieure. C’est cette dernière qui est traditionnelle aux Marquises, PAS la circoncision opérée par les Juifs, les Musulmans et autres…


3) - Plan socio-culturel moderne

Aux Marquises, depuis le départ à la retraite des infirmiers qui pratiquaient la superincision, les familles (dont les fils sont volontaires) sont obligées de se déplacer à Tahiti pour faire pratiquer cette opération : aller-retour pour une personne 60000cfp/480€, le double avec un adulte accompagnant. De surcroit, sur place, les médecins qui consentent au geste chirurgical opèrent une CIRCONCISION et NON UNE SUPERINCISION coutant 20000cfp/180€.

RÉSULTAT :

*- plus de geste traditionnel

*- des dépenses excessives pour les familles

VIVE LA SUPERINCISION (quand elle est désirée par le garçon) !

À BAS LA CIRCONCISION NON TRADITIONNELLE !!!

 

QUELQUES EXTRAITS DE TEXTES DÉCRIVANT LA SUPERINCISION DU PRÉPUCE AUX MARQUISES DANS LES TEMPS ANCIENS

Il est à noter qu’en plus d’être surperincisés du prépuce, les anciens hommes marquisiens protégeaient leur sexe de la vue de tous en le ligaturant dans un étui de tapa ou de feuilles odoriférantes.

*- Le pasteur anglais William Pascoe Crook (1798/1799)

« Vers l’âge de huit ou neuf ans, les jeunes garçons subissent habituellement une opération qui consiste à fendre le prépuce à l’aide d’une pierre tranchante, les bords ne se refermant plus jamais. Il n’y a aucune obligation à cet égard mais ceux qui refusent de s’y conformer se font traiter de pia/amidon [ou âkau pia] en référence aux sécrétions naturelles de l’endroit. » (Crook, op. cit. p. 59)

*- Le corsaire américain David Porter (1813)

« Tous les naturels sont circoncis, non à la manière des Juifs, mais en ce qu’ils ont le prépuce fendu. L’instrument avec lequel se fait cette opération est une dent de requin. Ce sont les prêtres qui opèrent les enfants et, à ces occasions, les pères et les mères donnent des festins (mau) dont l’abondance est proportionné à leur richesse. » (Porter op. cit. p. 142)

« Leurs parties [intimes], dont le prépuce est tendu à l’extrême, sont retenues par une lanière d’écorce (kiihau), de telle sorte que leur membre disparait entièrement à l’intérieur de leur corps, ce qui leur confère une étrange allure, non naturelle. C’est par pudeur qu’ils agissent ainsi car ils ne portent ces ligatures que lorsqu’ils sont entièrement nus ; ils ne s’en dispensent alors pas, même quand ils pêchent. » (Porter, op. cit. p. 34)

*- Le marin français William Leblanc (1842-1844)

« La circoncision est pratiquée sur les jeunes garçons de huit à dix ans. Après la saison des pluies, on réunit les garçons dans une case tapu. Le tauà vient les examiner et garde dans la case ceux qu’il juge en état de subir l’opération ; il renvoie les autres à l’année suivante.

À partir d’éclats de bambou aiguisés sur une pierre, il confectionne autant de lames qu’il y a de garçons. Puis autour de lui, il dispose un tas de feuilles d’hibiscus, des cataplasmes d’herbes pilées et une calebasse d’eau fraiche.

Le tauà commence par le plus petit garçon. Il fend le prépuce longitudinalement sur sa partie supérieure, pose sur la coupure un cataplasme d’herbes mouillé dans l’eau fraiche, assujettit cette compresse au moyen d’une feuille d’hibiscus enroulée autour de la blessure, recouvre le tout avec une sous-écorce de mûrier (ute) très fine, et fait coucher l’enfant pour passer à un autre en changeant de couteau à chaque opération. À la fin, il brûle tous les couteaux et déclare la case tapu pendant une lune au cours de laquelle seul un tuhuka assistant de soigner les enfants. On les nourrit en leur faisant passer de la nourriture au bout de perches en bambou. » (Leblanc op. cit. p. 94)

*- Le docteur français Louis Rollin (1923-1930)

« L’incision du prépuce (âkau tehe) a lieu chez les garçons en même temps qu’on leur perce les oreilles. L’opération de pratique sur un paepae tapu du tohua où tous les garçons d’une même classe d’âge sont appelés à la subir au cours d’une cérémonie commune (koìka âkau tehe).

Le « tuhuka tehe » glisse un petit bois plat à sous la partie supérieure du prépuce qu’il incise rapidement sur la ligne médiane avec un éclat de bambou. Certains chants sont exécutés par la famille tandis que l’opérateur confectionne un pansement avec une feuille de noni sur laquelle il lie un petit galet chauffé destiné à arrêter l’hémorragie par l’action combinée de la pression et de la chaleur. » (Rollin, op. cit. p. 200)

 

CONCLUSIONS

Chacun jeune marquisien non superincisé du prépuce pourra trouver ici ou là les raisons de procéder à cette opération, ou pas…

Quant aux familles et aux parents, ils ne peuvent plus, désormais, faire fi du choix favorable ou défavorable de leur progéniture…

À condition qu’ils puissent avoir un accès facilité à cette opération…

 

BIBLIOGRAPHIE

*- Crook, William Pascoe - Récit aux îles Marquises, 1797-1799 ; traduit de l’anglais par Mgr Hervé Le Cléac’h, Denise Koenig, Gilles Cordonnier, Marie-Thérèse Jacquier et Deborah Pope-Haere Pō-Tahiti-2007

*- Krusenstern, Adam von : « Voyage autour du monde fait dans les années 1803, 1804, 1805 et 1806 », Paris, 1821/ Hachette - BNF

*- Leblanc, William, « Souvenirs d’un vieux Normand », éditions « Au vent des îles », Tahiti, 2006

*- Porter, Commodore David, « Nukuhiva, 1813-1814 ; le Journal d’un corsaire américain aux îles Marquises », éditions Haere Pō, Tahiti 2014.

*- Rollin, Docteur Louis : « Mœurs et coutumes des anciens maoris des îles Marquises », Stepolde, Tahiti, 1974.


Article rédigé par Jacques Iakopo Pelleau le 06/03/2020

 

 

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