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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

Fa'a'apu / Fa'a'amu : deux mots tahitiens très utilisés en marquisien. Pourquoi ?


                                                      agri  elevage

La pression linguistique de la langue tahitienne sur les autres langues vernaculaires de Polynésie française est parfois tellement forte qu’elle parvient à infiltrer jusqu’à la langue française.

C’est ainsi les deux mots tahitiens fa’a’apu et fa’a’amu se retrouvent fréquemment utilisés en français aussi bien qu’en marquisien.

Les notions qu’ils renferment sont si caractéristiques de la Polynésie traditionnelle et profonde, que l’évidence de leur sens les  fait employer naturellement par la grande majorité des locuteurs du français et du marquisien.

Si la démarche parait superflue, voire inutile, on peut néanmoins, dans le cadre d’un travail linguistique, essayer de trouver les mots aptes à les remplacer dans chacune des deux langues.

La compilation des données qui suit peut décourager le lecteur moins averti qui pourrait alors se rendre directement aux remarques.


I- Que dit le « Dictionnaire Tahitien-Français » du « Fare Vāna’a », l’Académie tahitienne ?

Page 104, FA’A’APU, adj. Qui cultive (s’emploie avec des noms communs de personne : feiā, ta’ata, vahine…) FENUA FA’A’APU = Terrain de culture, champ ; n.c. 1)- Plantation. 2)- Cultivateur. 3)- v.t. Cultiver.

Page 103, FA’A’AMU (1), adj. Adoptif. Domestique; v.t. 1)- Nourrir, donner à manger. 2)- Adopter. 3)- Élever des animaux.

FA’A’AMU (2), n.c. Brindille introduite dans le trou d’une oreille percée pour l’empêcher de se refermer.


II- Que dit le dictionnaire de Mgr Dordillon ?

Page 129-I. Hakai, v. Nourrir, élever ; voir tafai.

Page 246-I. Tafai, v. Nourrir, élever, engraisser.

Page 9-II. Adopter, va. Adoption, sf. Too, tafai, hakai, ma’ohi, ta’ohi; e too.

Page 9-II. Adopté, pp. Adoptif, a. Tama too, tama too ‘ia, tama tafai, tama hakai, tama hopu.

Page 195-I. Nanu, v. Planter, semer = tanu (Sud)

Page 252-I. Tanu (S), v. Planter, mettre en terre, semer.

Page 65-II. Cultiver, va. Taù nanu. Cultivateur, sm et a. ènata tanu i te taù.

Page 155-II. Planter, va. Tanu, nanu. Plantation, sf. Papua.

Page 86-II. Élever, nourrir, hakai, tafai.


III- Dans le lexique de Mgr Le Cléac’h, on trouve :

Page 19. Apa i te tama, adopter un enfant.

Page 39. Hakai (Nord), tafai (S) : nourrir ; élever.

Page 96. Nanu (N), tanu (S), planter, semer.

Page 222. Adopter, va. Tafai, hakai, ma’ohi, hopu, apa.

Page 248. Cultivateur, sm, ‘enata tanu, ‘enata taù.

Page 320. Planter, va, tanu, nanu.


IV- Dans le recueil « Mou Pona Tekao » de l’Académie marquisienne, on trouve :

Page 10. Adopter, hākai (N), tāfai (S) – Adoption, hākaiìa tama (N), tāfaitina tama.

(Élever, cultiver et planter ne sont pas signalés car l’Académie juge qu’ils sont déjà connus)

Page 147. Zone agricole : pāio henua taùnanu (N), pāio fenua taùtanu (S).

Page 156. Ministère de l’agriculture et de l’élevage : Hakateeìa hau o te taùnanu me te hākaiìa ànimara (N). Haateeìa hau o te taùtanu me te tāfaitina ànimara (S).

Remarques :

1)- L’Académie remet en usage le macron sur tous les préfixes causatifs comme tī-, tā- et haa-, devenu , de hākai et tāfai.

2)- L’Académie attribue une des deux zones linguistiques à chacun des deux verbes hākai (N) et tāfai (S) qui signifient conjointement nourrir et adopter.

3)- L’Académie attribue une des deux zones linguistiques à chacun des deux verbes nanu (N) et tanu (S) qui signifient tous les deux planter, semer, cultiver.


V- En résumé :

*- fa’a’apu s’utilise pour caractériser ce qui touche à l’agriculture et se traduit par taùnanu/taùtanu en marquisien.

*- fa’a’amu s’utilise pour tout ce qui touche à l’élevage et à l’adoption et se traduit par hākai/tāfai en marquisien.


A)- En conséquence, en remplacement de fa’a’apu et de ses composés, on pourrait utiliser :

1)- Agriculture : te hana taùnanu/taùtanu ou, plus simplement, suivre les décisions de l’Académie en disant te taùnanu/taùtanu.

2)- Cultivateur, agriculteur : ènana taùnanu (N), ènata taùtanu (S) ; au pluriel : tau poì taùnanu/taùtanu.

3)- Cultiver, planter : nanu (N), tanu (S).

4)- Concernant la plantation, l’habitude est d’en préciser le type ; on dira plantation de bananiers ou de taro. À partir des mots sélectionnés ci-avant, on devrait donc pouvoir dire te vahi nanuìa/tanutina meika/meià et te vahi tanuìa/tanutina taò. En réalité, en tous cas sur Nukuhiva, la plupart des gens simplifient par te maa meika/meià et te maa taò.


B)- En remplacement de fa’a’amu et de ses composés, on pourrait utiliser :

*- Élevage (activité) : te hana hākaiìa/tāfaitina ànimara ou, plus simplement, te hākaiìa/tāfaitina ànimara.

*- Concernant l’élevage (endroit où l’on élève), mes amis éleveurs de Nukuhiva me précisent qu’on dit te vahi haakaiìa ànimara pour bien signifier que c’est l’endroit « où sont nourris les animaux ». On dira donc te vahi haakaiìa/tāfaitina piha/pifa pour signifier élevage de bovins.

*- Éleveur : te ènana/ènata/poì hākai/tāfai ànimara.

C)- Concernant l’adoption, on ne peut que reprendre le vocabulaire désigné par l’Académie à la page 10 de son lexique :

*- Adopter : hākai (N), tāfai (S) – Adoption : hākaiìa tama (N), tāfaitina tama (S).

 

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau

 

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