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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

AOÛT 1838 - NUKU HIVA : ESCALE ILLUSTRÉE DE DUMONT D’URVILLE

Écrit par

AOÛT 1838 : ESCALE ILLUSTRÉE DE DUMONT D’URVILLE À NUKU HIVA

Le 7 septembre 1837, commandées par le capitaine de vaisseau Jules-Sébastien-César DUMONT D’URVILLE, les corvettes l’Astrolabe et la Zélée quittent Toulon pour un tour du monde qui durera quatre ans.

1837 carte2 2

Cliquer sur le lien pour voir les détails de l'expédition.

Du 26 août au 3 septembre 1838, les navires font, à Nuku Hiva, une courte escale qui est illustrée par des artistes d’exception ; ce sont ces illustrations, collectées sur internet qui sont ici présentées et qui, au-delà de leur aspect artistique, nous précisent des détails historiques et nous offrent le portait émouvant des personnalités marquisiennes de l’époque rencontrées par les explorateurs.

 

I – LES ARTISTES (Pas de portraits)

A) – Ernest GOUPIL, dessinateur sur la Zélée ; décédé le 4 janvier 1840 à Hobart Town, Nouvelle Zélande, il est remplacé par celui qui suit.

B) – Louis LE BRETON, chirurgien sur l’Astrolabe.

C) – Élie Jean-François LE GUILLOU, chirurgien sur la Zélée.

À bord de l’Astrolabe, se trouve aussi l’ingénieur hydrographe Clément-Adrien VINCENDON-DUMOULIN qui rédigera un rapport d’expédition de 429 pages, réservé à Nuku Hiva et cité en bibliographie.

 Vincendon Dumoulin 1811 1858
Clément-Adrien VINCENDON-DUMOULIN (1811-1858)

II – LES ILLUSTRATIONS

A) – LES LIEUX : LA PLAGE DE VAINAHO, AU PIED DE LA COLLINE TUHIVA

La carte ci-après (FR ANOM 31DFC1/1B) a été « levée et dressée » par M. Marescot, enseigne de vaisseau à bord de l’Astrolabe dont le mouillage est marqué d’une ancre, en bas à droite.

L’illustration permet de localiser :

 a) - La maison de Paetini (Case de la Reine), au pied de la colline Tuhiva, à l’emplacement des nouvelles toilettes du petit quai de Taiohae ; la princesse était ainsi à même de contrôler les mouvements sur la plage de Vainaho. On peut découvrir une vue de sa maison sur la deuxième illustration réalisée par Max Radiguet en 1844, après la construction du Fort Collet.

 1838 carte baie anna maria 2 Copy  1844 taiohae fort collet radiguet 2 Copy
b) – L’aiguade, c’est-à-dire le point de ravitaillement en eau des Français ; comme le précise la citation suivante, c’est le ruisseau de Vainaho qui ne coule plus de nos jours : « Près de la demeure de Paetini se trouve le ruisseau qui sert d'aiguade. » (Vincendon Dumoulin, Op. Cit. p. 176, 177 et 178). Ou encore : « La plage de l'ouest est la plus vaste ; à son extrémité orientale se trouve placée la case de Paetini, la reine de cet endroit, comme on l'appelle généralement, auprès de laquelle se trouve le point le plus abrité du ressac ».


B) – LES DEUX NAVIRES : LES CORVETTES L’ASTROLABE ET LA ZÉLÉE

1) – Face à l’entrée de la baie de Taiohae, alors nommée Port Anna-Maria, dessinés par Ernest Goupil :

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« Entrée de la Baie Anna-Maria – Nouka-Hiva »

2) – Au mouillage, aux pieds de la colline Tuhiva, dessinés par Louis Le Breton :

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« Les corvettes au mouillage de Nouka-Hiva – Baie Anna-Maria »

 À leur arrivée, les femmes montent sur les navires où elles exécutent des danses :

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« Danse des femmes de Nouka-Hiva à bord de la Zélée » par Le Guillou

Sur l’Astrolabe, c’est le même spectacle, raconté par Vincendon-Dumoulin (Op. Cit. pp. 267-268)

« On eut aussi l'occasion d'assister, à bord de l’Astrolabe, aux chants des femmes nukuhiviennes. Assises d'abord sur deux files se faisant face, elles avaient entrelacé leurs jambes et accompagnaient un chant en chœur par des mouvements de leurs mains et des doigts, qu'elles portaient à droite, à gauche, en avant, avec une rapidité qui semblait indiquer le vol des oiseaux. Une d'elles paraissait guider l'orchestre ; elle donnait fréquemment à sa voix une intonation interrogative, à laquelle ses compagnes paraissaient répondre. Plus tard, elles frappèrent dans le creux de leur main avec un ensemble remarquable, et ce bruit, si peu harmonieux par lui-même, ajoutait cependant une certaine énergie aux accords monotones et lents de la troupe. Quelques mots revenaient très-souvent ; ceux qui suivent ont été surtout remarqués. Une femme criait à pleine voix : « Ariri, ariri », les autres répétaient en chœur « Ariri », le mot était répété encore une fois, puis toutes ensemble prononçaient, sur un ton très-élevé, « Parakio ». Une espèce de récitatif à trois temps suivait d'ordinaire ces grands cris, qui revenaient à chaque instant.

Après ce concert vocal, les beautés noukahiviennes donnèrent un échantillon de leurs talents chorégraphiques, si toutefois on peut donner ce nom à des gestes hardis, exprimant des images licencieuses. Une des figures les plus compliquées de cette danse consistait à former un grand rond ; une femme se plaçait au centre et exécutait sur place une pantomime expressive en suivant la mesure des chants du reste de la troupe ; ses compagnes répétaient les mêmes mouvements en les imitant parfaitement, puis elles sautaient lourdement, à pieds joints, à la file les unes des autres. Les chants contenaient sans doute la signification de ces évolutions qui restèrent un mystère pour nous. »

 

C) – PORTRAITS DE MARQUISIENNES

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« La Princesse Patini (* Paetini), Tahia, jeune fille de la baie Anna-Maria, île Nouka-Hiva » par Le Breton et Marescot

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La Princesse Patini (*Paetini) par Le Breton

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Une marquisienne anonyme, par Le Breton, et Tahia, par Marescot

Les membres de l’expédition se déplacèrent à Hakaui ou Louis Le Breton fit ce portrait d’une jeune marquisienne tatouée (sans légende)

 1838 lebreton femme hakaui2


D) – PORTRAITS D’HOMMES MARQUISIENS

1) - Voici les noms donnés par Vincendon-Dumoulin (Op. Cit. p. 144)

« Les chefs principaux des Teii sont Niehitu, Vavainui, Pakoko et Paetini, tous parents de Moana, investis de ses droits en son absence, droits qu'il est venu exercer lui-même depuis peu. » (* Parti de Nuku Hiva en 1834, le chef Moana/Temoana n’était pas là en 1838 ; il n’y est revenu qu’en décembre 1839. Comme l’expédition est rentrée en 1841, et que Vincendon-Dumoulin n’a écrit son ouvrage qu’après l’annexion des Marquises par la France en mai-juin 1842, il fait ici allusion à ce retour dont il est parfaitement au courant.)

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« Habitants de Nouka Hiva – Chef en tenue de guerre, Baie Anna Maria » par Goupil

Il est possible que ce soit les trois chefs mentionnés plus haut.

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Probablement à gauche, Niehitu (chef de Ahunia, Haaotupa et Meau),
et à droite, Vavainui (chefs de Paahatea et Hoata) (Ou bien vice-versa)
(* Les chefferies sont attribuées par Vincendon-Dumoulin)

1838 goupil pakoko Copy
Pakoko (chef de Pakiu et Hakapaa)

Certes, au contraire de Paetini, les noms des personnages ci-dessus n’apparaissant pas dans la légende de l’illustration, nous ne sommes pas sûrs que les portraits correspondent aux noms donnés par Vincendon Dumoulin. Concernant Pakoko, néanmoins, nous avons à notre disposition le très bel indice qui suit : le dessin ci-après, très ressemblant au précédent, et qui apparait à la page 233 du catalogue de l’exposition « Matahoata » qui s’est tenue au Musée du Quai-Branly Jacques-Chirac en 2016.

pakoko rohr copie

La légende dit : « Pakoko – Album de Voyages- Dessin à l’encre 50x80cm (environ) –
Don du Capitaine Jean-Baptiste Rohr qui a commandé les canonniers
et les ouvriers de l’infanterie de Marquises à Nuku Hiva entre 142 et 1844
– Collection particulière de Michel, Denis et Françoise Rohr. »

2) - Le portrait suivant est celui de Mate-omo ou Mate-oumo, un guerrier cité par Vincendon-Dumoulin :

« Un exemple de la rigidité du tabou nous fut offert à bord de la Zélée. Mate-omo, le tayo du lieutenant Dubouzet était convié à dîner (* ou « taio », mot tahitien signifiant « ami » ; peut-être le lieutenant avait-il échangé son nom avec lui.) ; il mangea et but sans scrupule jusqu'au moment où il vit servir des volailles rôties. Aussitôt il se leva et ne répondit aux questions qu'on lui adressait que par les mots sacramentels : Tabou, tabou. Il ne voulut reprendre sa place à table que lorsque le plat fut enlevé. » (Op. Cit p. 263

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« Mate-oumo, Prince de l’île Noukahiva » par Le Guillou

3) - On aurait bien aussi aimé connaître le nom de ce guerrier magnifique et de ces deux autres « ènana » dessinés par Louis Le Breton avec la simple légende : « Naturel de Nouka-Hiva »

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E) – DIVERS

1) - Ernest Goupil nous a aussi laissé une scène de genre intitulée « Scène funéraire à Nouka-Hiva – Baie Anna-Maria).

Il s’agit probablement d’une période d’un repas funéraire. On y est frappé par les détails des coiffures, des tatouages et des vêtements ; par le naturel des comportements aussi. De par sa structure européenne, la case au fond indique déjà l’influence des nombreux beachcombers anglo-saxons installés sur l’île depuis 1800 ; les tambours, et les mailloches que le Marquisien utilise pour les frapper, n’ont rien de local non plus.

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2) - Les illustrations qui suivent sont de Louis Le Breton :

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« Case de Naturels à Nouka-Hiva – Baie Anna-Maria »

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« Case de Naturels à Nouka-Hiva – Baie Anna-Maria »

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« Pirogue de Naturels à Nouka-Hiva – Baie Anna-Maria »
En arrière-plan, on remarque les navires français ancrés devant Tuhiva dont la taille est fortement exagérée.

Les deux illustrations suivantes sont décrites comme le « Morai d’un chef à Nouka-Hiva - Baie Anna-Maria » ; le deuxième est de Goupil. Le mot « morai » fut probablement forgé par les anglophones à partir du mot tahitien « marae ». Par la suite, il fut employé par tous les navigateurs du Pacifique pour désigner un site funéraire. On remarquera les nombreux objets tressés, ressemblant à des obélisques, tels ceux décris par Crook, Krusenstern, Porter et Stewart.

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1838 goupil morai Copy

L’expédition fut la première à signaler un énorme banian qui se dressait en bas de la rivière Vaikeu, à peu près à l’emplacement actuel de l’évêché de Taiohae ; il prit alors le nom de « Banian de Dumont d’Urville » ; il était encore visible à la fin des années 1940. Le dessin est l’œuvre de Louis Le Breton qui l’a qualifiée de « Banian gigantesque de Nouka-Hiva - Baie Anna-Maria ».

1838 lebreton grand banian Copy

Vincendon-Dumoulin en donne la description suivante :

« Bientôt un ruisseau, qui arrose la vallée, montre le cours de ses eaux limpides, et, pour peu qu'on le remonte, on arrive bientôt au pied d'un arbre gigantesque, véritable phénomène de végétation, qui excite à la fois l'étonnement et l'admiration. Ce colosse est un figuier ou arbre des banians, dont le tronc, composé de grosses tiges entrelacées, mesure environ vingt-cinq mètres de circonférence ; il conserve la même largeur jusqu'à environ treize mètres de hauteur, puis il se divise, projette une -quinzaine de branches horizontales, qui couvrent de leur ombre un espace circulaire de cent mètres de diamètre. » (Op. Cit. pp. 178-179)

Trente-deux ans plus tard, en fin d’année 1870, le photographe Paul-Émile Miot, officier de marine, est en poste sur la frégate l’Astrée qui fait escale à Taiohae où il capture deux images du géant végétal. (Blau, Op. Cit. P. 11-113)

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F) – 1839 – Jean-Henri-Félix RANDON DE GROLIER est enseigne de vaisseau sur la frégate l’Artémise commandée par le capitaine de vaisseau Cyrille Pierre Théodore LAPLACE.

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La frégate l’Artémise – Arthus Bertrand – 1842

Entre avril et juin 1839, l’Artémise est en carénage à Tahiti ; au cours de cette escale forcée, Randon de Grolier, qui est aussi un excellent artiste, fait le portrait en pied, présenté ci-dessous, d’un jeune Marquisien nommé Pouhaoa (* Puhaoa = Longs membres) ; à la hauteur du genou, une inscription incomplète parle d’un « bleu » …

Le 22 juin 1839, l’Artémise quitte Tahiti pour se rendre à Hawaii afin de faire cesser les persécutions des catholiques français par le roi Kamehameha III qui signe un accord le 12 juillet ; on pourra lire la suite de l’histoire en cliquant sur ce lien.

 

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C’est avec ce portrait émouvant de Puhaoa, jeune Marquisien de 1839 que ce termine cet article compilé par Jacques Iakopo Pelleau en septembre 2021.


BIBLIOGRAPHIE

*- Blau, Daniel : « The invention of Paradise 1845-1870 », Daniel Blau, Munich, 2008

*- Dumont d’Urville, Jules-Sébastien-César : « Voyage au Pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée - Exécuté par ordre du roi pendant les années 1837–1838–1839–1840 – Éditions Gide, Paris, 1841-1854

*- « Matahōata, art et société aux îles Marquises », catalogue de l’exposition 2016, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac et Actes Sud, Paris, 2016.

*- Radiguet, Max : « Les Derniers Sauvages », éditions Duchartre et Van Buggenhoudt, Paris, 1929.

*- Radiguet, Max : « Les Derniers Sauvages », éditions Phébus, Paris, 2001.

*- Vincendon-Dumoulin, Clément Adrien, Îles Marquises ou Nouka Hiva, éditions Arthus Bertrand, Paris, 1843 : E-book et PDF téléchargeable dans le bouton paramètres de Google en suivant ce lien.

Informations supplémentaires

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