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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

Perdre et Gagner

À la page 197-I du dictionnaire de Mgr Dordillon, j’ai découvert le mot « nike », vocable sudiste signifiant « perdre, être perdant/vaincu ». Plus loin, à la page 226-I, est apparu le mot « pinanahu, perdre un pari ; perdre au jeu, à la joute ».

echec defaite

I – E NIKE / E PINANAHU

Le verbe « e nike » m’avait fait sourire de par sa double similitude avec le verbe français « niquer » aux multiples acceptions, et au logo « swoosh » de la marque américaine « Nike ».

Pour mémoire, et pour ceux, tout comme moi, qui n’ont pas étudié le grec, il est à noter que ce mot prononcé [‘naiki] par les anglophones provient du mot grec ancien qui se prononce [nikê] signifiant « Victoire ». Ce mot est à l’origine du nom de la ville de Nice, au sud de la France, dont le nom grec de « Nikêpolis » signifie « Ville de la victoire ».

Avec « nike » et « pinanahu », nous voici avec deux verbes oubliés pour traduire « perdre au jeu ».

II – E PEO

En continuant ma lecture quasi journalière du dictionnaire Dordillon, je suis tombé sur le verbe « peo » signifiant exactement le contraire des deux précédents. Il est tellement tombé en désuétude que, pour exprimer l’idée de victoire, de vaincre et de gagner en matière de sport, l’Académie marquisienne a opté pour le mot tahitien « rē ».

III - Faisons le point !

1)- LE MOT « RĒ »

a) - À la page 408 du dictionnaire de l’Académie tahitienne, on trouve le mot :

*- , n.c. 1)- prix gagné dans un concours, une compétition. 2)- victoire ; être vaincu par ; avec une construction très spécifique, puisque pour signifier « J’ai gagné, je t’ai vaincu », on dit « ‘Ua ‘oe iā ‘u ».

b) - En marquisien, le verbe semble être devenu verbe d’état, être vainqueur, puisqu’on dira plutôt « Ua au », « J’ai gagné », ou bien, « O ai te pūpū i ? », « Quelle équipe a gagné ? (En réalité, l’usage fait qu’on demande plutôt « O ai te mea i pao ? » / « Qui a perdu ? »)

c) - Si dans la partie française du dictionnaire de Mgr Dordillon on ne trouve pas de mot « », dans la rubrique marquisienne du verbe gagner à la page 105-II, on peut lire « N. a gagné le prix, ua ìò te re ia N.», structure toujours en vogue de nos jours. Cela signifie que ce mot tahitien était déjà utilisé en marquisien au milieu du XIXème siècle.

Avec tout le respect que je dois à l’illustre évêque, il est dommage qu’il ait oublié de mentionner le verbe « peo » qu’on trouve à la page 222-I de son dictionnaire avec la définition de « gagner à la joute ». Comme le dictionnaire Larousse donne du mot « joute » les définitions de « lutte, combat, jeu », on est en plein dans le sujet du sport.

Le sport tel qu’on le pratique de nos jours était encore inconnu à l’époque, mais, partout sur terre, l’homme était déjà engagé dans des compétitions variées à connotation sportive. Maintenant que le sport fait partie de notre culture, il serait logique et enrichissant pour la langue marquisienne de remettre en usage ce verbe ancien ayant la signification de vaincre, gagner au sport, qui pourra remplacer un jour le verbe « rē ».

2)- AUTRES SOURCES

a) - Afin de compléter le tableau, regardons ce qu’en dit l’Académie marquisienne dans « Mou Pona Tekao » où l’on trouve

*- Page 69 1)- les gagnants, te poì tū upoko, te ènata tū upoko. 2)-gagner,

*- Page 104, perdant, ènana/ènata pao ; le verbe perdre n’est pas mentionné.

b) - Dans « Ē te tau tōìki ē, lexique pour l’éducation physique et sportive » publié par feu le C.R.D.P. en juin 2008, et rédigé par les académiciens, on trouve :

*- Page 11, défaite, pao, hika/hina ; gagner, rē.

*- Page 12, perdre, ua pao, ua hika/hina.

Tous les Marquisiens comprennent que « pao » signifie ici « perdre » et non « fini », mais sait-on que ce même mot est absent tel quel du dictionnaire de Mgr Dordillon, et que, intrigué par cette absence et décidé à en connaître la cause, j’ai rédigé un article intitulé « Haapao vs haapaò » à paraître bientôt.

c)- Quant aux mots « hika/hina », l’évêque nous en donne ses définitions très éclairantes en l’occurrence à la page 138-I de son dictionnaire. Hika/hina, scie, scier ; échec ; vaincu, conquis, tombé. Haahika/haahina, abattre, renverser, faire tomber.

IV – EN CONCLUSION

Désormais, n’utilisons plus jamais le mot tahitien de « upo’oti’a » dont le dictionnaire de l’Académie tahitienne donne les définitions suivantes page 548 : upo’oti’a, n.c, conquérant, vainqueur ; v.i, être vainqueur, triompher de. Avec d’autres mots étrangers, il contribue à polluer la langue marquisienne.

Penchons-nous sur les mots si simples de « peo/gagner » et de « nike, pinanahu/perdre » afin de les faire revivre ; ils reflètent vraiment l’âme de la langue marquisienne oubliée et authentique.

Quant à la traduction de « gagner un prix ou de l’argent », les verbes « koàka/koàna » et « ìò » devraient continuer à convenir…

 

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau

 

 

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