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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

IOTETE, vie et mort d'un chef-hakaìki des Hema de Vaitahu à Tahuata

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Deux portraits de Iotete en 1842 par Max Radiguet

I – Origines et enfance de Iotete

En étudiant de près le « Journal aux îles Marquises » du Pasteur William Pascoe Crook, on apprend que Iotete était né aux environs de 1790 à Hapatoni du chef Tahueutafitika (ou Tehueòtefitike) et de son épouse Manuou. En réalité, deux garçons jumeaux leur étaient nés ce jour-là ; le premier se nommait Petete mais le nom du second est inconnu ; c’est peut-être le chef Hiha, Tiha ou Iha mentionné plus loin.

En dépit des hostilités chroniques qui régnaient entre les Ahutini de Hapatoni et les Hema de Vaitahu dirigés par Tainai (ou Tenaii), les deux chefs ne se haïssaient pas personnellement et, bien qu’ayant déjà trois enfants de ses deux premières épouses, Tainai adopta Petete qui est probablement devenu Iotete au fil du temps et des étapes de sa vie. C’est Huìàni, deuxième épouse de Tainai qui en prit soin.

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Dessin de Gooch en 1792

Tainai avait des liens très fort avec la famille originelle de Iotete. En effet, Naoho, une des sœurs de Tainai avait épousé Haimatuivi appelé aussi Poìmiòi qui était un frère aîné de Iotete. Le couple eut une fille nommée Hānau, aussi nommée Tahinaotia qui épousa Umatiu, son jeune oncle paternel.

Pour la naissance de Tuhuaiu, fils premier-né de ce couple, Tainai se rendit à Hanateio, leur vallée de résidence. Voulant montrer l’importance toute particulière qu’il portait à l’enfant, Tainai renonça temporairement à son tapu de chef en s’enduisant d’huile de coco (pani) et de curcuma cuit au four (èka moa). Ensuite, se glissant à terre sous la natte de sa nièce, il fit en sorte que l’enfant naisse au-dessus de sa tête, la partie la plus sacrée, la plus tapu de sa personne, conférant ainsi à l’enfant un caractère tapu éternel.


II- L’héritier de Tainai et de la chefferie des Hema

En 1823, à la mort de Tainai, Iotete lui succède ; à partir de cette année-là, il veut profiter du passage des navires haoè à Tahuata et encourage les escales en imposant à sa vallée une attitude de coopération ; il perçoit un mousquet par navire qui jette l’ancre à Vaitahu.

1)- Les premiers missionnaires : les pasteurs protestants de la LMS (London missionary society)

À son retour à Tahuata en février 1825, Crook prend contact avec Iotete.

En mai 1829, Iotete rencontre les pasteurs Pritchard et Simpson de la LMS qui envisagent faire venir sur place des prêcheurs polynésiens ; ceux-ci arrivent en 1831 mais, face à l’adultère de l’un d’entre eux, Iotete réclame des pasteurs « blancs ».

2)- Les missionnaires protestants de la HMS (Hawaiian missionary society)

En octobre 1832, des missionnaires protestants de Hawaii font escale à Vaitahu ; ils ont des contacts amicaux avec Iotete.

Le 6 octobre 1834, plusieurs familles de missionnaires de la L.M.S. arrivent à Tahuata où ils resteront jusqu’en 1836. Le dimanche, Iotete, sa femme Titiutu, leur famille et une trentaine d’ènata assistent au culte ; le chef promet de faire construire une chapelle sur le promontoire qui sépare Vaitahu de Hanamiài.

3)- Les fêtes/koika de 1834 à Tahuata

Grâce au journal du Pasteur David Darling, nous possédons de nombreux détails sur les activités de Iotete et de sa famille entre mai et août 1835.

*- le 13 mai à Vaitahu, Titiutu, femme de Iotete fait construire une case tapu pour la célébration d’un mau, banquet, en l’honneur de son père ; un porc élevé depuis huit ans dans cette perspective est déclaré tapu.

*- le 23 à Vaitahu, une pirogue arrive de Hanatetena chargée de provisions et de kava. Certains de ses occupants viennent se joindre à un mau et les autres à une fête en l’honneur de Tīmaù, le fils aîné de Iotete.

*- Iotete se fait raser la tête afin de procéder à la plantation de patates douces à Ivaiva mais une expédition sur Hivaòa et la construction de pirogues dédiées interrompt les festivités.

*- le 9 juin, Iotete entreprend la construction d’une faè fanai, case où sera nourri le nouveau-né de la sœur d’un autre chef.

*- le 14 à Vaitahu, un festin, mau veahue, est en préparation en l’honneur de Titiutu, femme de Iotete.

*- Le 18, Titiutu célèbre enfin son mau.

*- le 20 juillet, on célèbre une koika haaepa en l’honneur de Iotete au cours de laquelle il est libéré du tapu qui lui interdisait de danser.

*- le 21, Iotete reçoit une délégation de Hapatoni qui l’invite à une koika pour rendre tapu la case faè fanai dans laquelle doit être élevé le deuxième enfant de Iotete et de son épouse que le hakaìki de Hapatoni veut adopter.

4)- Temoana en visite ; mort de Titiutu

En mars 1836, lors du premier retour de Temoana à Vaitahu, Iotete est à ses côtés lorsqu’il harangue la foule des ènata, les exhortant à respecter les missionnaires, le sabbat et Jéhovah.

En avril de la même année, c’est la mort de Titiutu, épouse de Iotete ; Ils avaient eu 5 enfants. L’aîné se nommait Tīmaù, ensuite venait Tahia, puis Tehoueo, Tepoèa ou Teapua et un dernier enfant dont le nom nous est inconnu. Ces deux derniers furent adoptés par Panau, chef des guerriers (toa nui) de Iotete. Nous apprenons par Radiguet qu’aucun des enfants de Iotete n’était tatoué.

Malgré les liens unissant les deux vallées, en mai 1837, Iotete, chef des Hema, attaque les Ahutini de Hapatoni.

5)- Les premiers missionnaires français

En août 1838, à l’arrivée des premiers missionnaires français, Iotete échange son nom avec l’amiral Abel Dupetit-Thouars et lui demande un uniforme de la Marine et un drapeau français. Le 6 août, les Pères Desvaulx et Borgella s’installent à terre ; Iotete leur attribue un terrain pour bâtir une maison et cultiver un potager.

En août 1839, Iotete se retrouve aux côtés de Temoana lors de sa deuxième escale à Vaitahu, avant son retour définitif à Taiohaè en décembre.

Cette même année, dans un rapport de mai 1840, le Père Caret raconte le mariage du dernier fils de Iotete, âgé de deux ans avec une femme de dix-huit ans.

Iotete était rebelle à tout enseignement religieux ; il ne tint pas la promesse faite à Dupetit-Thouars de protéger les missionnaires français qui durent s’exiler à Hanatetena. Au passage du navire français le Pylade fin avril 1840, il sera contraint de leur faire construire une habitation décente à Vaitahu.

En 1841, après une longue guerre entre Iotete et son frère Tiha (Iha ou Hiha, d’après Radiguet), chef de Hanamiài, ce dernier est battu et doit s’exiler dans la vallée de Taaoa ; Iotete devient chef de l’île entière.

En décembre 1841, ne pouvant faire face à la pression des catholiques français, les pasteurs Stallworthy et Thompson quittent définitivement les Marquises et Tahuata pour Tahiti sur le Camden. Ils abandonnent une grande quantité de bœufs, vaches et chèvres. À leur départ, Iotete s’installe dans leur maison, au sud de la baie, décrite par Radiguet l’année suivante comme étant construite en planches et bâtie avec soin ; elle possède aussi un petit jardin planté d’arbres exotiques.


III- Avril-mai 1842, annexion de Tahuata par la France

1)- De mai à la fin août, le malaise s’installe

Le 28 avril 1842, la flotte française entre dans la baie de Vaitahu à trois heures de l’après-midi commandée par Abel Dupetit-Thouars.

Le 29, la flotte est bien accueillie par le chef Iotete qui a besoin d’un protecteur contre les navires américains. Il monte à bord faire sa requête auprès de Dupetit-Thouars qu’il connait déjà ayant échangé son nom avec lui en 1838. L’amiral promet d’accéder à ses désidératas s’il accepte de reconnaître la souveraineté de S. M. Louis-Philippe, « Roi des François », et de prendre le pavillon tricolore pour drapeau. Iotete s’empresse d’accepter et la cérémonie de prise de possession est fixée au 1er mai, jour anniversaire de Dupetit-Thouars.

Le 30, Iotete désigne et attribue aux Français pour s’y installer le morne qui sépare la vallée de Vaitahu de celle de Hanamiài régie par Maheòno, son neveu, aussi chef de Hanatetena. La position surélevée en fait un emplacement stratégique agrémenté d’une source qui coule à ses pieds.

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La baie de Vaitahu à Tahuata ; le morne entre Vaitahu à gauche et Hanamiài.

Le 1er mai ; dès le matin, une division de marine débarque afin d’ériger une caserne et un magasin en bois ; un four de campagne est apporté d’un navire ainsi que les vivres ordinaires.

À 10 heures, l’état-major descend à terre ; les marins et la musique militaire et une centaine d’ènata sont rassemblés autour du pavillon attendant en bas d’un mât. Iotete, en costume Louis XV rouge est entouré de son neveu, de sa femme et de ses fils. Le Contre-amiral demande au Père Baudichon d’expliquer aux chefs ènata réunis le déroulement de la cérémonie. Il fait ouvrir un ban, sort son épée dont il frappe le sol déclarant prendre possession des îles sud de l’archipel des Marquises.

C’est la scène que l’on peut voir dans l’illustration ci-dessous.

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Annexion de Tahuata par la France – 1er mai 1842 (Max Radiguet)

On se dirige ensuite vers la maison des missionnaires pour assister à une messe dite par le père Baudichon, puis vers la demeure du roi pour signer les actes officiels où deux copies de l’acte officiel sont établies et traduites aux chefs par le Père Baudichon.

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La scène ci-dessus se passe après la cérémonie d’annexion dans la maison abandonnée par les missionnaires anglais en 1840 et occupée par Iotete.
Abel Dupetit-Thouars assis à droite fait face à Maheòno assis sur le canapé. Entre les deux, un grand-prêtre dont le nom est inconnu.

Dès le lendemain, on commence la construction de logements et de magasins sur un terrain désigné par Iotete.

Au bout de quelques jours, apparaissent les premiers désaccords avec Iotete. Il prend le parti de Panau qui veut faire régner sa loi sans s’occuper des Français. Iotete s’enfuit, et il faudra la présence du Père François de Paule Baudichon pour qu’il revienne. Iotete promet de régler le problème et, pour l’encourager à tenir sa promesse, Dupetit-Thouars prend en otage Tīmaù, son fils aîné qui l’accompagne à Nukuhiva. Il reviendra le 17 juin, les cheveux coupés par mesure d’hygiène.

2)- Du 1er au 25 septembre : le maquis et la guerre

Si, à Nukuhiva, Temoana profite de la présence française pour commencer à imposer son autorité aux autres chefs et tribus, Iotete, si accommodant dans le passé, ne supporte pas de se voir progressivement privé de son autorité et, afin de montrer sa désapprobation devant sa situation et celle de son peuple, il prend le maquis avec sa famille début septembre ; le gouverneur Halley rappelle de Hivaòa le frère banni de Iotete nommé Tiha ou Hiha ou Iha.

Entre le 17 et le 25, une guerre s’ensuit au cours de laquelle de nombreux morts se comptent des deux côtés, dont le lieutenant Lafont de Ladébat et le commandant Halley, gouverneur de Tahuata, tués dès le 17. Les français battent en retraite jusqu’au camp et au fort moitié achevé où ils subissent un siège d’une semaine au terme de laquelle on relève vingt-six blessés français et une quarantaine de tués ou blessés parmi les ènata.

3)- Le 25 septembre : paix et renoncement

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Deux portraits de Maheòno par Max Radiguet

Le 25, après négociations, Maheòno se présente avec toute sa famille devant le commandant Laferrière et accepte les termes de la paix. La vallée de Vaitahu est laissée aux Français ; le reste de la population se fixe à Hapatoni et Hanatetena ; Iotete, devenu kikino, homme non tapu, est autorisé à vivre à Hapatoni. La Paix devient sur Tahuata mais la dysenterie s’installe rapidement ; Tahia, la fille de Iotete est emportée à l’âge de 16 ans.

4)- La mort de Iotete : « Ua hee ananu au. »

La date de la mort de Iotete est imprécise ; certaines sources disent qu’il serait mort le 26 avril 1843, d’autres annoncent le mois de septembre 1844. Si vous possédez des précisions, je serai heureux de les entendre.

Le grand historien-ethnologue Greg Dening écrit : « C’est une fin triste et sans avenir pour l’âme du chef. Malgré le respect des traditions, pleureuses et embaumement, il n’y avait pas de tauà pour le déclarer dieu/etua ».

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau

Bibliographie

*- Crook, William Pascoe, « Récit aux îles Marquises, 1797-1799 », Haere Pō, Tahiti, 2007

*- Dening, Greg, « Marquises, 1774-1880 », association Èo Ènana, Tahiti, 1999

*- Radiguet, Max, « Les derniers sauvages ; aux îles Marquises, 1842-1859 », Phébus, Paris, 2001.

 

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