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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

TOI MON « TOA » (Billet d’humeur)


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(Mateomo, guerrier-toa de la tribu des Teii de Taiohaè à Nukuhiva, dessiné par Louis Le Breton en 1838)

Une île, c’est une pirogue sur l’océan. Y vivre requiert de l’humilité face aux éléments naturels qui t’imposent ton mode de vie.

Cette vérité objective de la nature, tu t’en imprègnes, tu la cultives, tu l’ériges en code, tu deviens cette vérité dont une des manifestations les plus flagrantes est le culte de la simplicité.

Emportées par les vagues toujours plus prégnantes de la modernité, la simplicité et la vérité s’égarent souvent désormais sur les chemins de ou de , particulièrement quand il s’agit de .

Tout comme dont elle est un des vecteurs, se doit d’évoluer. Beaucoup de mots marquisiens employés de nos jours n’existaient pas à l’époque de Kiatonui. De même , nombreux sont ceux qui ont disparu depuis ; et d’autres, héritiers de siècles passés se voient utilisés abusivement de nos jours.

                

        Considérons le mot marquisien toa.

À la page 267 du dictionnaire de Mgr Dordillon, nous trouvons :

*- toa, (substantif = nom commun) soldat, mâle ; arbre de fer (casuarina equisetifolia) ; (adjectif, verbe statif) être brave, courageux, guerrier, fort ; haatoa, (verbe) fortifier, aguerrir.

         Dans son lexique, Mgr Le Cléac’h dit la même chose.

Juste par curiosité, il est intéressant de noter que le dictionnaire de l’Académie tahitienne ne dit pas autre chose non plus page 503, en ajoutant les qualificatifs méchant et sauvage à la rubrique « adjectif ». Elle précise aussi que le mot ‘aito est synonyme de toa avec les définitions supplémentaires de guerrier, héros, conquérant dans la rubrique « nom commun ».

Néanmoins, pour la plupart des gens, d’ici et d’ailleurs, en dehors de la botanique, seule l’acception de paraît subsister de nos jours, véhiculée au cours des âges par le fantasme mythique que laissent perdurer certains, surfant sur la tradition guerrière du , le chefs des guerriers des anciens Marquisiens.

Raison pour laquelle on rencontre partout de nos jours des qui sont d’excellents joueurs de football ou de beach-soccer, des danseurs souvent magnifiques, et même des modèles photographiques tout aussi magnifiques dont, l’anatomie avantageuse mise à part, la seule arme dont ils disposent est leur virilité généralement cachée.

Il n’en reste pas moins vrai que c’est un détournement flagrant de vocabulaire, un abus de langage.

Jouer au football, danser le haka et montrer son sourire sur internet, c’est sûrement jouissif et valorisant, mais ça ne fait pas de toi un toa, seulement un bon joueur, un puissant danseur ou un modèle sexy.

Néanmoins, il reste correct d’utiliser le mot toa pour qualifier quelqu’un ayant fait preuve de courage ou de bravoure en des circonstances inhabituelles. Dans ces conditions-là, n’importe lequel d’entre nous peut, un jour, mériter le qualificatif de toa.

Certains s’en désoleront peut-être mais il n’y a plus de guerriers traditionnels aux Marquises ; rangés les casse-têtes rangés les longues massues ou , rangées les lances de tout style et de toute taille, rangées aussi les frondes et leurs projectiles .

Avec les fusils modernes, les guerriers se sont mutés en efficaces et redoutables chasseurs de chèvres et de porcs sauvages dont les cornes et les défenses sont désormais les seules armes auxquels ils doivent faire face. C’est grâce à eux que la tradition perdure un peu.

Mis à part les jeunes qui sont au S.M.A d’Atuona et qui en deviendront peut-être un jour s’ils persévèrent dans la même voie, les seuls toa ènana que je connaisse sont militaires sous les drapeaux qu’ils ont choisi de défendre, protéger et brandir de par les régions du monde où leur devoir de soldat les conduit.

Après avoir parcouru la Bosnie, les vrais toa ènana étaient en Afghanistan ; ils sont maintenant au Mali et au Tchad, en Polynésie et en France métropolitaine. Par respect pour eux, pour leur famille, pour les anciens toa kape qui se sont battus et en sont morts et, tout en sachant qu’une des acceptions du mot toa qui se réfère à la virilité ne peut être, elle, remise en question, évitons désormais de qualifier de toa ceux qui sont simplement des jeunes, des poì hou, des poì hēhē qui auraient sûrement trouvé leur place dans la classe ancestrale des kaìoi mais, sauf à changer de style et d’activité, sûrement pas dans la classe tapu des toa nui.

Rendons à César ce qui est à César, et ce qui leur revient à tous les toa authentiques du passé et du présent.

        Si possible, essayons d’éviter au mot toa le sort tragique du mot tiki dont l’effigie et le nom sont galvaudés de par le monde, sur la façade des hôtels, dans le nom des compagnies de téléphonie et des parcs d’attractions, et jusque sur des boîtes de bière ou d’allumettes. Pauvre Tiki ! Espérons ne pas devoir dire un jour : « Pauvre Toa ! Pauvre Tiki Toa ! ».

tiki toa

Si chacun reste libre d’utiliser les mots qu’il veut, quand il veut, où il veut, chacun doit aussi savoir que ces mots ont un sens propre, une âme inaliénable que la première star médiatique venue ne peut s’approprier à tort sans voir quelqu’un tenter d’en rétablir l’authenticité sémantique.

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Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau

 

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