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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

MAHEÒNO, vie et mort d'un chef-hakaìki de Hanatetena à Tahuata (quelques éléments historiques)

Écrit par

I – LES ANCÊTRES PRÉSUMÉS DE MAHEÒNO

Le nom de ses ancêtres est incertain mais, sachant qu’il était chef de Hanatetena à l’arrivée des missionnaires français en 1838, on peut émettre l’hypothèse que son père était chef de Hanatetena avant lui.

Or, suite à son séjour à Tahuata, le Pasteur William Pascoe Crook écrit qu’en 1798, le chef de Hanatetena se nommait Tūtete et que son épouse s’appelait Tafeto.

Le père de Tūtete était Puhipūtona qui, avant l’arrivée du missionnaire protestant, s’était allié à Honu, chef des Hema de Vaitahu et père de Tainai (Tenaii), afin de chasser des vallées de l’est la tribu des Tūpohe dirigés par le chef Puaoua. Les Ahutini avaient fini par vaincre les Tūpohe et s’étaient emparé de toutes les vallées de l’est de l’île.

Tūtete et Tafeto sont soit les parents, soit les grands-parents de Maheòno

 

II – LA PÉRIODE D’INFLUENCE FRANÇAISE

A) – Avant l’annexion le 1er mai 1842

*- En 1838, le Père François de Paule Baudichon, responsable de la Mission catholique française à Tahuata, signale qu’il échange son nom avec Maheòno.

*- Entre mars et juin 1840, le brick français le Pylade est en mission dans le Pacifique sous le commandement du capitaine de corvette Bernard. De Mangareva à Hawaii, en passant par les îles Marquises, il est chargé de veiller à la protection des premiers intérêts français dans la zone.

Voici ce qui est écrit de Maheòno dans le rapport de Bernard :

maheono 1842 copie

( Maheòno, aquarelle de Max Radiguet, 1842)

« Le 15 mai, Maheòno, jeune chef d'Hanatetena, vallée considérable dans la partie est de l'île, arrive à bord de bonne heure ; nos Français rendent hommage à son caractère noble et généreux, et lui-même s'exprime, sur notre patrie, avec chaleur et sympathie. C'est dans sa baie seulement que la civilisation a fait quelques pas ; huit petites catéchumènes, en arrivant, sont présentées au commandant, et dinent chez lui avec leurs chefs et les missionnaires. Aucune femme n'étant reçue à bord, cette distinction fait sensation dans la population de Vaitahu, qui abandonne les obsèques d'une tante du roi pour accourir sur leur passage. Elles sont uniformément vêtues, et plusieurs ont des physionomies aussi spirituelles qu'intéressantes. Les insulaires les nomment les « Petites Françaises » ; elles attestent au moins que, en deux années, la mission catholique a plus fait de progrès dans cette île que la protestante depuis soixante ans. Maheòno n'a pas quitté M. Bernard pendant son séjour à Vaitahu : il est prétentieux dans sa mise, et par nous, il est devenu l'insulaire le plus élégant de Sainte-Christine (*-Tahuata) son humeur cependant est sérieuse et redoutée.

Maheòno a demandé avec instance au roi de Sainte-Christine (*-Iotete) d'embrasser le catholicisme, et il dépend du bâtiment de guerre que l'on y enverra de remettre le sceptre de l'île en ses mains. Ses sympathies pour nous sont très prononcées ; il charge le commandant, pour le Roi des Français, d'un souvenir en rapport avec son avoir : un couple d'aigrettes et deux éventails. »

 

B) – Annexion de Tahuata, avril-mai 1842

*- Max Radiguet est officier, secrétaire de l’amiral Dupetit-Thouars, commandant la division navale du Pacifique. Dans son livre-journal, il écrit que le 30 avril, Iotete désigne et attribue aux Français pour s’y installer le morne qui sépare la vallée de Vaitahu de celle de Hanamiài régie par Maheòno, son neveu, aussi chef de Hanatetena.

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(1er mai 1842 – Scène de l’annexion de Tahuata par la France – dessin de Max Radiguet)

*- le 1er mai, à 10 heures, l’état-major descend à terre ; les marins et la musique militaire et une centaine d’ènana sont rassemblés autour du pavillon attendant en bas d’un mât. Iotete, en costume Louis XV rouge est entouré de son neveu Maheòno, de sa femme et de ses fils ; le père Baudichon se tient tout près d’eux. Radiguet écrit que Maheòno peut avoir de 25 à 30 ans.

Après la cérémonie, les autorités assistent à une messe ; ensuite, Dupetit-Thouars et Maheòno se retrouvent chez Iotete qui demeure dans l’ancienne maison des missionnaires anglais abandonnée en 1841. C’est la scène dessinée ci-dessous par Max Radiguet.

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(Dessin de Max Radiguet – 1842 - avec gros plan de Maheòno)

*- Début septembre, Iotete comprend qu’il n’est plus maître chez lui ; il prend le maquis avec sa famille. Il est suivi par toute la population de Vaitahu. Sommé par les Français de redescendre, il refuse. Une bataille violente s’en suit qui durera du 17 au 24 septembre. Le commandant Halley et le lieutenant de vaisseau Lafont de Ladébat sont tués dès le premier jour ; on comptera de nombreux morts et blessé dans les deux camps à l’issue des combats.

Les Français déchoient Iotete de tous ses titres et le remplacent par Maheòno.

*- le 25 septembre, après négociations, Maheòno se présente avec toute sa famille devant le commandant Laferrière et accepte les termes de la paix. La vallée de Vaitahu est laissée aux Français ; le reste de la population se fixe à Hapatoni et Hanatetena. Maheòno devient l’interlocuteur privilégié des Français. Iotete, devenu kikino, homme non tapu, est autorisé à vivre à Hapatoni. La Paix devient sur Tahuata.

 

C) – Après l’annexion

*- le 27 octobre 1844, après avoir demandé le baptême, Maheòno, chef de Tahuata devient catéchumène ; il encourage ses compatriotes à rejeter les tapu.

*- le 25 décembre 1844, à Vaitahu, on profite de la célébration de Noël pour organiser le baptême et le mariage religieux de Maheòno et de son épouse qui prennent respectivement les noms de Grégoire et Catherine ; le commandant de la place et son épouse sont leurs parrains et témoins.

*- Néanmoins, le hakaìki ne tarde pas à retrouver les coutumes païennes ; en août 1845, le père Mathias Gracia écrit qu’il consomme même la chair d’un enfant de trois ans, recommandant à ses compatriotes de l’imiter. Son épouse reprend les danses et chants tapu. Peu avant, il avait organisé des koika à Motopu et fait sacrifier deux victimes à l’occasion des premières matières fécales du fils premier-né d’un chef.

*- en mars 1847, c’est la mort de la mère de Maheòno qui se met en quête de victimes humaines ; la mission de Hanatetena est pillée.

*- en décembre 1847, après le départ définitif des militaires français de Tahuata, les ènata tentent de tuer Maheòno qui s’enfuit à Nuku Hiva avec in fils adoptif nommé Teapu. Plus tard, il revient à Hivaòa où il est un temps chef des Haamau de la vallée de Ututehe.

*- le 4 avril 1880, c’est la mort de Maheòno, ancien chef de Tahuata, qui avait succédé à Iotete, son oncle, en 1842. Capturé et mis à mort par trois guerriers Paahatai de Puamaù, sa tête est dépecée est offerte sur le site sacré au pied du piton Toeà, en marge du meàe Ìipona de Puamaù.

 

III – La succession de Maheòno, peut-être ?

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(Photo Delcampe)

Un fils de Maheòno, Mitiefitu avait été élevé par un missionnaire protestant à Taaoa sur Hivaòa. Travailleur et intelligent, il parle bien l’anglais et le français ce qui lui permet de retrouver sa place de chef de Vaitahu et Hanamiài où, à partir de juillet 1880, grâce à son influence, il facilite le retour à l’ordre troublé par le soulèvement de Hivaòa.

 

ÉPILOGUE

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Elisabeth Eritapeta Feiàutini Vaekehuupokotitipūmaheòno, fille aînée de Stanislas Moanatini et de Sabine Tahiautuoho ; photo d'origine inconnue prise vers 1895.

La seconde épouse de Stanislas Moanatini était originaire de Tahuata ; son nom complet était Tahiautuohotemauohemapanauoteaa. Lors de la naissance de leur 1ère fille Élisabeth-Eritapeta Feiàutini, à travers son dernier nom marquisien, en suffixe au nom de sa grand-mère paternelle, la 1ère Vaekehu (Vaekehuupokotitipū), veuve de Temoana, et en souvenir de ses ancêtres de Tahuata, ils ont ajouté celui de Maheòno. Elle s'appelait donc Vaekehuupokotitipūmaheòno. En 1880, en même temps que Mitiefitu prenait la place de chef de Vaitahu, la jeune princesse-haatepeiù âgée de 10 ans, était nommée grand-cheffesse de Tahuata par les Français.

Patuìa e / Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau

BIBLIOGRAPHIE

*- Annales maritimes et coloniales, 1840

*- Crook, William Pascoe - Récit aux îles Marquises, 1797-1799 ; traduit de l’anglais par Mgr Hervé Le Cléac’h, Denise Koenig, Gilles Cordonnier, Marie-Thérèse Jacquier et Deborah Pope-Haere Pō-Tahiti-2007

*- Dening, Greg - Marquises 1774-1880, Réflexion sur une terre muette - Traduit de l’anglais par Mgr Hervé Le Cléac’h, Danièle Peiffert et Léopold Musyan-Association Èo Ènata-Tahiti-1999

*- Gracia, Mathias – Lettres sur les îles Marquises – Gaume Frères – Paris – 1843

*- Ottino-Garanger, Pierre et Marie-Noëlle – Le tatouage aux îles Marquises – Te Patutiki – Gleizal – Tahiti - 1998

*- Radiguet, Max - (1841-1850) - Les Derniers Sauvages-Phébus-Paris-2001

 

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