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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

POSSIBLE, IMPOSSIBLE (Étude de vocabulaire)

Écrit par

Un étranger qui veut apprendre le marquisien se trouve souvent confronté à des difficultés lorsqu’il veut appliquer et traduire les concepts ou les structures de sa propre langue.


possible1

§ - Les notions de possibilité/impossibilité et de permission/interdiction en font partie. Même si sa langue comporte des constructions parfois élaborées, le Marquisien moderne opte souvent pour la simplification.

*- Au sein d’un groupe, avant de partir, on ne demande pas l’autorisation de partir, on dit seulement « J’y vais », « E hee au » ; la plupart du temps, on part sans rien dire…

§ - De même, concernant la possibilité/capacité physique. On ne demande pas à quelqu’un s’il peut porter telle ou telle charge, on lui dit simplement « Tu portes ? », « E kave òe ? ».

Dans ces conditions, la présentation de structures plus élaborées pourrait paraître superflue. Néanmoins, dans la perspective d’une meilleure compréhension de la langue, il me parait intéressant d’en exposer quelques-unes.

 

A)- Comment traduire la locution verbale pouvoir faire quelque chose en marquisien ?


1)-
S’agissant d’une capacité physique : pouvoir faire, être capable de faire.

a)- En français, le verbe pouvoir est toujours suivi d’un autre verbe à l’infinitif qui est son complément direct ; on peut aller et venir, on ne peut pas monter ou descendre.

Son équivalent en marquisien est le verbe koàka (nord) et koàna (sud). La difficulté réside en ce que ce verbe a une structure impersonnelle : pouvoir = être possible.

*- Pour signifier que Teve peut vous conduire à Terre Déserte, on dira mot à mot et littéralement : « C’est possible à Teve le conduire à moi à Terre Déserte », « E koàka ia Teve te kave atu ia ù i Nuku Ataha. » À la forme négative, cela donne « Aè koàka ia Teve te kave atu ia ù i Nuku Ataha. »

*- Pour dire que rien n'est impossible à Dieu, Saint Marc écrit dans son évangile (10, 27) « Aòè he mea, aòè e koàka i te Etua ».

b)- En français, cette notion de possibilité est aussi exprimée par les suffixes –able et –ible.

*- Mangeable caractérise ce qui peut se manger. « C’est mangeable » se dira donc « E koàka te kai » (Autrefois on disait « E koàka i te kai »)

*- Lisible caractérise ce qu’on peut lire. « Ce n’est pas lisible » se dira donc « Aè koàka te tetau/tatau ».

*- Certains se souviendront qu’il y a quelque temps encore, pour « Oui » ou « Pourquoi pas ? », il était très « tendance » de dire « On peut », « E koàka ».


2)-
S’agissant d’exprimer la permission, l’autorisation.

a)- Le mot-racine meitaì, (être bien, être bon ; le bien opposé au mal) est la structure la plus simple et la plus courante.

*- Pour demander une permission, on dira « Est-ce bien si je fais cela ? ». Par exemple « Puis-je venir demain? » se dira « Mea meitaì ia tihe mai au oìoì ? ».

b)- Il existe aussi d’autres verbes signifiant autoriser, permettre.

§ - Le mot-racine haatià dont le sens premier est de faire confiance à quelqu’un. C’est la raison pour laquelle il traduit aussi l’idée de croyance, foi religieuse, religion. Il s’utilise fréquemment au passif pour signifier qu’on a permis ou interdit telle ou telle action.

*- On dira alors « U haatiàìa », « On a permis, c’est autorisé, c’est permis » ou bien « Aòè i haatiàìa » « On n’a pas permis, ce n’est pas autorisé, ce n’est pas permis ».

*- À la page 19 du Mou Pona Tekao de l’Académie marquisienne, on trouve aussi : autorisation parentale, haatiàìa/haatiàtina motua kui ; autorisation de détention d’armes, haatiàìa/haatiàtina kave puhi. Mais le permis de conduire un véhicule ou une embarcation se dit hāmani haakoi pereòo/poti.

§ - Le mot-racine ao qui, parmi ses multiples acceptions, possède le consentement, le fait d’accéder aux désirs de quelqu’un ; on n’est pas très loin de l’idée de laisser faire.

*- Pour signifier que Nuka a autorisé la vente de sa maison, on dira « Ua ao Nuka a hokoìa atu to īa haè ». Pour signifier le contraire on dira « Aòè Nuka i ao a hokoìa to īa haè. »

 

B)- Pour traduire l’interdiction, d’autres formes sont aussi utilisées.


1)- Les particules prohibitives aua et umoì qui, placées en début de phrase, interdisent de réaliser l’action qui les suit ; on les traduit par « Il ne faut pas… », « On ne doit pas… ».

*- Le cinquième commandement (dans la Bible) interdit de tuer, « Aua òe e haamate i te ènana ! ».

2)- Le célébrissime mot-racine tapu (être interdit), permet lui aussi de concentrer l’interdiction, surtout sur les panneaux. « Interdiction de fumer » se dira « Tapu te puhi i te maimai ».

*- À partir de la racine tapu, on a forgé le verbe haatapu, rendre « tapu », interdire. Pour signifier que le tatouage a été interdit aux Marquises en 1898, on dira « U haatapuìa te patutiki i te Henua ènana i te èhua 1898.»

 

C)- Les notions de possibilité/impossibilité peuvent aussi être portées par des structures spécifiques.

*- Le mot-racine imiahia (D. p. 142-I) exprime ce qui est indéfinissable, introuvable ou inexplicable. (Comme une énigme ou un mystère).

*- Le mot uiahia (D. p. 284-I) qualifie quelque chose de presque impossible à trouver ; les deux sont presque synonymes.

*- L’exclamation « Kikaàki ! » est une interjection exprimant l’impossibilité dans laquelle on se trouve de se remuer ou de changer de place. (Dictionnaire de Mgr Dordillon, page 158-I)

*- Parmi d’autres acceptions, le mot-racine kiko signifie, au figuré, que le sujet « peut, a la faculté de, a la capacité pour, est en état de réaliser telle ou telle action ». (Même référence). En réalité, kiko étant la viande, cette utilisation joue sur la consistance du sujet, sa capacité à finaliser la situation dans laquelle il se trouve. C’est une notion physiologique qui trouve un écho dans l’expression française avoir des tripes.

De la sorte, à un ami qui se lance dans une opération hasardeuse, vous pouvez lancer « Mea kiko òe ? », « Tu crois que tu peux ? ». Si ce dernier a confiance en ses capacités, il vous répondra sûrement « E koàka », « On peut »… À moins que l’impassibilité de son visage ne réponde à sa place…

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau en 2015 ; mis-à-jour en 2019

 

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