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Le site de partage de la langue marquisienne
Te tohua niu tavavā hou mea àva atu àva mai i te èo ènana
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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

LIENS, LIER et RELIER (Étude de vocabulaire)

Il s’agit ici de traiter de la signification profonde de mots – liens, lier et relier - dont l’usage et la traduction en marquisien me posent question.

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I)- LES LIENS DIVERS

Selon le dictionnaire Larousse, le mot « lien » renferme deux acceptions contradictoires qui s’appliquent aussi bien à ce qui attache qu’à ce qui relie, à ce qui entrave qu’à ce qui permet d’avancer.


1)- Les différentes significations

*- En effet, pour se détacher, se libérer, il faut briser d’éventuels liens qui retiennent prisonnier.

*- Dans un autre contexte, le lien évoque une relation particulière entre deux entités : on parle de liens du sang, de liens de cause à effet.

*- Finalement, avec l’informatique et le lien hypertexte, le sens du mot prend une dimension véritablement dynamique qui permet à l’utilisateur d’accéder à d’autres informations en cliquant sur ce genre de lien.


2)- Que disent les dictionnaires ?

*- Lors de la période de travail personnel précédant l’ouverture du site www.te-eo.com, je savais que j’aurais besoin de la traduction de ce mot pour la partie marquisienne du site. J’ai consulté chacun des dictionnaires des évêques Dordillon et Le Cléac’h où l’on trouve les mêmes explications.

*- Pour le mot « lien », ils proposent « humu, kitii, fitii, pitiki ». À la définition du mot « humu », on peut aussi voir « attacher, lier, enchainer, retenir prisonnier ». Et pour l’illustrer, les auteurs ajoutent « haè humu, prison, geôle ; ènana humu, prisonnier. » Quant à « kitii » et consort, ils sont synonymes de « humu ».

*- Ces mots expriment exactement le contraire d’un lien hypertexte. Néanmoins, c’est bien le groupe de mots « Te tau humuìa » qui a été choisi dans le dernier onglet « Hanaìa » du site de l’Assemblée de la Polynésie française en langue marquisienne, http://www.assemblee.pf/ma/ .


3)- Mon choix personnel

En dépit du caractère officiel du site, cette appellation ne me convenait pas. Considérant en outre que ces liens sont souvent soulignés, j’ai opté pour le mot « vaò/vako », « ligne, trait », auquel j’ai adjoint le mot-racine « tutuki », « rencontre/rencontrer », mais aussi « se toucher, se joindre » (Dordillon p. 281-I). En le faisant précéder du préfixe causatif « haa » et du suffixe à sens passif « –ìa », j’ai créé le mot « vaò haatutukiìa », littéralement « le trait qui fait se joindre (des entités) ». C’est donc ce mot qu’on trouve sur le site.

 

II)- LE CAS DE « HONO »

Dans le même ordre d’idée, il est un mot qui pose aussi question, c’est le mot « Te Hono ».

Il y a plus de quinze ans, à l’époque où j’habitais à Ùapou, je me souviens avoir vu et entendu ce mot au cours d’émissions ou de publicités en langue tahitienne sur l’unique chaine de R.F.O. dont nous disposions alors. J’avais compris qu’il signifiait « Le Lien », et j’en étais resté là, d’autant que par la suite, la C.P.S avait mis en service une unité mobile du même nom.

Jusqu’à ce que je sois confronté à une série de situations induisant le doute.


1)- Dans les dictionnaires

Il y a plusieurs mois, lors de mon étude progressive quasi journalière du dictionnaire de Mgr Dordillon, je suis arrivé au mot « hono » à la page 141-I où l’on peut lire « cri que pousse le prêtre ou tuhuka dans certaines circonstances ; cri en unisson poussé par la multitude ». « Ua hono te tōua, on a fait la paix sans se battre ». Rien en relation avec l’idée de lien.


2)- Dans la tradition orale ou écrite

Je me suis alors souvenu que le nom de nombreuses femmes du présent et du passé commence par « Te Hono ». Ainsi, vers 1798, Tūitōua/Tuitōua, premier fils et quatrième enfant du grand « hakaìki » des Teii, Kiatonui, épousa à l’âge de douze ans une femme d’âge mûr, fille du chef des Teavaaki de Hooumi, nommée Hinateiaki ou Hinatiakiani et aussi Tehonotutuaki [Le Cri Qui Secoue Le Ciel].


3)- Les exemples équivoques

Entretemps, et par quatre fois, la signification de « Lien » portée par « Te Hono » est remise en question devant mes yeux.

a) - En marquisien

*- Lors des préparatifs de l’ouverture de mon site, j’ai rencontré le chanteur Moetai Huioutu afin de pouvoir mettre ses chansons et leur traduction à disposition des visiteurs. Avec une courte biographie, il m’a donné un C.D. de son album « Te Hono » où l’on trouve les morceaux en question, m’expliquant que cela signifiait « Le Lien ».

*- Ensuite, en visitant le site du collège « Te Tau Vaeìa » de Taiohaè, j’ai découvert un dispositif permettant aux élèves de CM2 de venir découvrir leur futur collège. Ce dispositif se nomme « Te Hono », avec la traduction de « Lien ».

Dans ces deux derniers cas, étant persuadé qu’il s’agissait d’une intrusion d’un mot tahitien en marquisien, j’ai essayé de comparer différents autres exemples.

b) - En tahitien

*- Tout d’abord, je m’aperçois que dans la publicité d’Air Tahiti, « Le lien entre les îles », ce n’est pas « hono » qui est utilisé mais « natira’a » : « Te natira’a o te mau motu ». Le mot tahitien « nati » est cousin du mot marquisien « nani », celui que l’on trouve dans « nanikaha », sort jeté par un grand-prêtre « tauà », et matérialisé par un charme dans lequel était enveloppé (attaché, lié) un élément physique appartenant à la personne à laquelle le mauvais sort était destiné.

*- Étant donné qu’à la page 285 de son dictionnaire, l’Académie tahitienne ajoute au mot « nati » la signification de « bien fixé, avec une camisole » (qui doit faire allusion à la ceinture de sécurité à bord des avions), on se retrouve dans la notion déjà vue plus haut de « lien qui attache » au lieu de « lien qui relie ». Paradoxal, non ?

*- Par la suite, afin d’améliorer le débit internet reliant la Polynésie au reste du monde, l’O.P.T. s’est lancée dans l’installation d’un câble sous-marin connecté à Hawaii. Ce câble ayant été appelé « Honotua », j’y ai immédiatement décelé la notion évidente de lien, et j’ai consulté le dictionnaire de l’Académie tahitienne pour plus ample information. Page 199, j’ai eu la grande surprise de lire : « Honotua, v.t, retracer soigneusement l’origine ». Si la notion de lien apparait dans le mot « retracer », je trouve à nouveau paradoxal de donner à un câble vecteur d’hyper-modernité, un nom porteur de retour aux origines, c'est-à-dire au passé.

*- Finalement, et j’aurais dû commencer par-là, j’ai consulté le dictionnaire de l’Académie tahitienne afin d’en avoir le cœur net. Page 199, ma surprise fut grande de constater que parmi les quatre acceptions du mot « te hono » proposées, aucune ne correspondait au sens de « lien ». En revanche on lit « n.c, 1) -une rangée de chaume, 2) - une file (de voitures), 3) - nourriture prise par les buveurs de kava après leurs beuveries, 4) - v.t. faire une épissure, assembler deux pièces de bois.

Si la dernière acception est en relation avec le thème, c’est un verbe, pas un nom.


En résumé, aussi bien à Tahiti qu’aux Marquises, aussi bien en tahitien qu’en marquisien, tout le monde semble connaître et utiliser le mot « Te Hono » dans le sens de « lien » alors qu’aucun dictionnaire des deux langues ne propose ce mot avec ce sens. Si quelqu’un peut fournir des éclaircissements, ils seront les bienvenus.

Quant à l’expression relier un livre, à la page 173-II de son dictionnaire, Mgr Dordillon propose : tui iho i te hāmani…

Épilogue (01/10/2019)

À la rentrée de septembre dernier, Polynésie 1ère a choisi le 2ème nom de « Te Hono Tahi /Le Lien (unique) » qui démontre bien désormais le degré d’ancrage de ce mot avec ce sen en tahitien et, apparemment, dans toutes les autres langues de Polynésie, y compris le marquisien…

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau (2015, corrigé en 2019)

 

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