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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

TEMOANA : ses épouses et sa descendance...

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                                                                          temoana guillotin 1844 101ko Copy   tahiaoko guillotin 1844 87ko Copie Copy 2

TEMOANA : ÉPOUSES CONNUES ET INCONNUES, ENFANTS CÉLÈBRES ET OUBLIÉS ; TENTATIVE D’ÉLUCIDATION…
suivie d'informations nouvelles sur la descendance de Paètini.

PRÉAMBULE

Selon la légende, Nukuhiva fut originellement peuplée par deux frères nommés Teiinuiahako et Taipinuiavaku (1). Conformément aux règles en vigueur à l’époque, ce dernier qui était le cadet, s’installa face au soleil levant dans la baie la plus à l’est qui porte désormais son nom, Taipivai peuplée par les Taipi.

Son aîné se replia plus à l’ouest, sur la magnifique baie de Taiohaè bordée de cinq vallées, territoire des Teii qui se sont transmis son nom.

C’est de cette grande tribu qu’est issu Temoana.


I – L’HISTOIRE TELLE QU’ON LA RACONTE

A) – Qui était Temoana ?

Sur son acte d’inhumation daté du 14 septembre 1863 et rédigé par Mgr Dordillon, ne figurent ni son âge ni son année de naissance ; néanmoins, les historiens estiment qu’il est né en 1821.

Il est tama hakaìki (1), fils aîné de chef, héritier de la chefferie des Teii de Taiohaè. Son grand-père, Tuitōua/Tūitōua, était le quatrième enfant et premier fils du grand Kiatonui qui, de ses parents et grands-parents, avait hérité de toutes les vallées de la baie. Le père de Temoana, Pākaùoteii/Pākaùteii encore enfant, avait épousé Tauàtukehomo, grande prêtresse inspirée et fille de chef Hapaa.

kiatonui krusenstern 1804 copie Copie
(Kiatonui, dessiné en 1804 par Hermann Ludwig von Löwenstern)

À la mort de Kiatonui vers 1821, on ne sait avec certitude qui lui a succédé. Son fils Tuitōua ? Son petit-fils Pākaùoteii ? À ce stade, aucun document connu ne signale le nom d’un chef au cours des années 1820.

En mai 1829, deux navires hollandais font escale à Taiohaè. Les navires et les équipages descendent à terre où, dans leurs rapports, ils font mention d’une rencontre avec un jeune fils de chef, probablement Temoana.

Au début des années 1830, par contre, les missionnaires protestants de Hawaii écrivent avoir des contacts avec Hape/Haape, chef de la vallée. Or, celui-ci était oncle maternel de Temoana.

Il est donc généralement admis que, à la disparition des héritiers directs mâles de Kiatonui qu’étaient Tuitōua et Pākaùoteii et, en raison du jeune âge de son fils, la mère de Temoana, Tauàtukehomo, fille de chef Hapaa, assure la régence de la chefferie par l’intermédiaire successif de ses frères, oncles maternels de Temoana. (2)

En mars 1834, âgé de douze ans, Temoana s’embarque en cachette sur le navire anglais Royal Sovereign pour ne revenir à Nukuhiva que cinq ans plus tard, en décembre 1839. À son retour, il entreprend la reconquête de son titre.

Alors que l’instabilité politique et le désordre règnent sur Nukuhiva, la Marine française annexe la grande île en juin 1842. Temoana collabore étroitement avec les forces d’occupation qui le privent, au fil des années, de son autorité traditionnelle et ancestrale contre une pension annuelle. Il se convertit au catholicisme et est baptisé en 1853 ; il décède en 1863.

B) - La jeune épouse inconnue du 19 septembre 1833.

Le grand spécialiste du Pacifique, Greg Dening, est l’auteur de « Marquises 1774-1880, Réflexion sur un Terre Muette », ouvrage dans lequel il rapporte une partie des écrits du pasteur américain William P. Alexander de la H.M.S. (Société missionnaire de Hawaii) présent à Taiohaè de juillet 1833 à avril 1834 ; ce dernier nous y raconte le mariage de Temoana célébré le 19 septembre 1833. (3)

Outre les détails cérémoniels de première importance, le récit du mariage nous apprend que les deux jeunes époux étaient âgés de douze ans environ. Malheureusement, ni le nom de la jeune fille ni celui de sa tribu ne sont mentionnés. Nous les découvrirons un peu plus bas. (3_2) [Note ajoutée le 01/07/2019]

À peine six mois plus tard, en mars 1834, Temoana s’embarque en cachette sur le Royal Sovereign.

En mars 1836, après avoir séjourné à Londres, traversé l’Atlantique et le Pacifique ainsi que de nombreuses épreuves, Temoana fait escale à Vaitahu, accompagné de Thomas Heath, pasteur de la L.M.S. dans le Pacifique. Il harangue la foule des ènata aux côtés de Iotete ; il leur demande de respecter le sabbat et l’enseignement missionnaire et leur annonce son retour prochain dont il demande de faire part à Nukuhiva. Il repart avec Heath aux Samoa d’où il revient à Tahuata en août 1839, accompagné du pasteur Robert Thompson. Âgé de dix-huit ans environ, et après un séjour de quatre mois sur place, Temoana revient à Taiohaè en décembre 1839 au terme d’une absence de quatre ans et demi. Héritier incontestable de la chefferie, il entreprend la reconquête de son titre en s’opposant à Pākoko, chef des vallées de Haavao, Pākiu et Hikoèi. Il retrouve probablement sa jeune épouse à ce moment-là, mais aucun document connu n’en fait mention.

Dès les jours suivant son retour, l’instabilité s’installe pour des mois sur Taiohaè.

C) – L’épouse fugueuse de juin 1842, Tahiaòko.

La situation d’instabilité perdure au début des années 1840 ; de nombreux journaux de navires de passage en font mention. Les Teii de Taiohaè sont en guerre permanente contre les Taiòa de Hakauì à l’ouest, et les Hapaa et les Taipi à l’est.

C’est dans ce contexte que, motivée par l’influence croissante des Britanniques dans la zone Pacifique et la présence des missionnaires catholiques français sur place (à Tahuata) depuis 1838, la Marine française, commandée par le contre-amiral Abel Aubert Dupetit-Thouars, annexe les îles Marquises entre mai et juin 1842.

Tahuata est officiellement annexée le 1er mai ; Hivaòa et Fatuiva/Fatu Hiva le sont les jours suivants.

Le 1er juin, l’État-major débarque sur la plage Vainahō de Taiohaè à Nukuhiva et, le 2 juin, la cérémonie de prise de possession des trois îles du groupe nord-est se déroule sur la colline Tūhiva que Temoana vend à la France en même temps que la vallée de Hakapehi qui s’étend sur son flanc est.

tuhiva radiguet 1842 copieQuelques jours auparavant, à l’arrivée de la flotte en rade de Taiohaè, l’accueil avait été festif. Temoana, chef des Teii était monté à bord. Une fois éclaircies les raisons de la visite française, Y voyant une occasion d’assoir l’autorité de Temoana quelque peu maltraitée, Dupetit-Thouars fait envoyer un canot à Hakauì avec ordre aux chefs Taiòa de venir sur le champ à Taiohaè.

Tahiaòko serait-elle la première épouse de Temoana ?

Le 9 juin, le conflit avec les Taiòa à propos de Tahiaòko n’est pas réglé. Ayant échangé son nom avec le capitaine de frégate Collet, nouveau commandant particulier du groupe nord-ouest des îles Marquises, Temoana lui rappelle que Tahiaòko est, par le fait, devenue sa femme et que, en qualité d’offensé, il doit tout faire pour la récupérer.

Une expédition en canot part à Hakauì avec les autorités françaises à son bord. Dupetit-Thouars rencontre le chef Maheatete et le chef Tumee, malade, ainsi que Tahiaòko ; celle-ci explique qu’on ne l’a pas enlevée mais qu’elle a fui d’elle-même son mari avec lequel elle ne s’entend pas.

Malgré l’opposition des jeunes hommes de la vallée et après maintes hésitations, le Père François de Paule Baudichon, provincial des missionnaires catholiques, parvient à convaincre la belle de rejoindre son époux.

Dupetit-Thouars est satisfait de cette réconciliation car, comme l’écrit Max Radiguet, secrétaire de l’amiral Dupetit-Thouars :

« Tahiaòko étant Taipi et, malgré ses seize ou dix-sept ans, ayant déjà adopté le fils d’un chef Taipi, la promesse d’une paix durable entre les deux tribus et les autres de l’île, donnait aux nouvelles autorités françaises l’espoir d’une longue période de calme à venir. » (4)

C’est à partir de ce moment-là que nombre d’historiens et de spécialistes du Pacifique ont implicitement dit et écrit que Tahiaòko était la jeune fille épousée par Temoana en 1833, qu’il avait retrouvée à son retour en 1839.

D’ailleurs, à partir de 1842, la présence de Tahiaòko auprès de Temoana est attestée par de nombreux écrits :

*- Fin 1844, à l’occasion des cérémonies funéraires de Niehitu, troisième régent et oncle maternel de Temoana, Max Radiguet nous raconte une « scène de ménage » publique entre les deux époux : à Temoana qui lui demande de ne pas quitter la cérémonie, Tahiaòko répond si vertement que les exclamations fusent de toutes parts. (5)

*- Au début de décembre de cette même année 1844, l’officier de Marine René Gillotin exécute une aquarelle sur laquelle sont représentés Temoana, Pākoko, le grand-prêtre/tauà Veketū et Tahiaòko. (Voir illustrations ci-après)

     tahiaoko guillotin 1844 87kotemoana pakoko taiaoko niehitu guillotin 1843

*- Parmi les jeunes Français installés à Taiohaè après 1842 qui ont rédigé leurs mémoires des années plus tard (*voir II) (6), Georges Winter a appris le marquisien et, comme nous le verrons plus loin dans des circonstances exceptionnelles, il est très proche de Tahiaòko. À son départ de Nukuhiva en juin 1847, il écrit : « Tahiaòko, femme de Temoana, était remarquablement belle. Jeune, elle l’était en 1847, et elle jouissait des avantages que donnent la jeunesse et le pouvoir ». (7)

D) – La noble épouse de 1852, Vaekehuupokotitipū (dite Vaekehu)

Officiellement, il faut attendre 1852 pour entendre parler de la remplaçante de Tahiaòko qui se nommait Vaekehuupokotitipū, dite simplement Vaekehu. Dans son acte de décès en date du 18 juin 1901, il est écrit qu’elle était fille de Paètini et de Temanunuioteii (parfois appelé Tuoiea, Tooòiaù et Temaunui), chef des Teavaàni de Hooumi.

Plus jeune, elle vivait dans la tribu de son premier mari, un chef Hapaa de Vaituku, du nom de Tetōuanuiohapaa avec lequel elle avait eu une fille, Titahuuupoko. À la suite du décès de ces deux êtres, Vaekehu s’était trouvée veuve et sans enfants.

Nous ne possédons, à ce jour, aucun document attestant des circonstances de son union avec Temoana que seuls certains événements historiques viennent mettre en lumière.

En juin 1852, après une période de trois années marquées par des troubles et la présence intermittente de la Marine sur place, le commandant particulier Bolle arrive à Taiohaè à la tête d’une garnison chargée de rétablir l’ordre et de gérer la détention de trois déportés accompagnés de leur famille. Ils sont enfermés dans ce qu’il reste du Fort Collet.

Entre juillet et septembre, l’instabilité et les troubles persistent à Taiohaè. Persuadé du double-jeu de Temoana, Bolle le fait arrêter avec Vaekehu et il les envoie en captivité à Tahiti. Désavoué par le Commissaire Page de Tahiti, Bolle quittera son poste l’année suivante ; Temoana et Vaekehu retrouvent rapidement leur île.

Sans rentrer dans les détails, de nombreux témoignages attestent de la bonne influence de Vaekehu sur Temoana. Il abandonne peu à peu l’alcool et, le 29 juin 1853, Temoana, Vaekehu, et les enfants de Temoana se font baptiser à Taiohaè par le Père Dordillon (voir III, A) -, 3) -)

Entre la mort de Temoana en 1863, et son décès en 1901, Vaekehu, telle une reine Victoria des antipodes, marque de sa grandeur d’âme les esprits de tous ceux qui l’approchent.

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(Portrait de Vaekehu en 1898 par Henry Lemasson)

Pour la grande majorité des gens, voilà l’Histoire officielle transmise et vulgarisée par le défunt évêque des Marquises, Mgr Hervé Le Cléac’h, qui ajoutait que Tahiaòko et Vaekehu étaient sœurs, les deux seules et uniques descendantes de Paètini.

C’est donc la version que j’ai adoptée jusqu’à ce que j’entreprenne la lecture de tous les ouvrages disponibles sur la période concernée, et dont Mgr Le Cléac’h n’avait peut-être pas eu connaissance. La suite de cet article est le fruit de ces recherches.

 

II – L’HISTOIRE EN QUESTION : témoignages et sources offrant de nouvelles perspectives.


A) – Les actes officiels d’état civil et de l’Église catholique :

1)- 29 juin 1853 : acte de baptême de Temoana et de sa famille (34).

2)- 14 septembre 1863 : acte de sépulture religieuse de Temoana décédé le 12 (34).

Les photocopies de ces deux actes m’ont été gracieusement données par le Père Paul Lejeune, archiviste au Vatican de la congrégation de Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie.

3)- 29 mai 1879 : acte d’adoption officielle de Stanislas Moanatini par Vaekehu. (photocopie de l’acte prêté par Félicité Teèi Kimitete).

4)- 16 décembre 1893 : acte de décès de Stanislas Moanatini.

5)- 18 juin 1901 : acte de décès de Vaekehuupokotitipū.


B) – Les « Mémoires » de deux jeunes colons français.

Après 1842, les jeunes marins français qui choisissaient de se fixer à Taiohaè trouvaient le plus souvent leur bonheur dans la vallée Hikoèi (désormais appelée Vallée française), à proximité du Fort Collet et de la Mission catholique installée à Pātoa en 1844.

Conformément à ce qui a été cité plus haut, deux d’entre eux nous ont laissé un journal écrit une quarantaine d’années plus tard.

1)– William Leblanc (à Taiohaè de juin 1842 à juillet 1844)

William Leblanc vécut sur place de 1842 à 1844. En 1895, il publiait ses « Souvenirs d’un vieux Normand » réédité à Tahiti en 2006 aux éditions « Au vent des îles » ; dans ce récit, il nous fait part de sa vie et de ses aventures rocambolesques à Nukuhiva.

Le professeur américain Robert Carl Suggs est archéologue et anthropologue spécialiste des îles Marquises et particulièrement de Nukuhiva où, à partir des années 1950, il mène de nombreuses campagnes de fouilles. Dans un compte-rendu traduit par Robert Koenig, directeur des éditions Haere Pō de Tahiti, il exprime clairement ses doutes quant à la véracité et l’authenticité du récit mené par William Leblanc.

Quant à moi, si certains passages me paraissent dignes d’intérêt, je ne saurais m’opposer à une sommité dont l’expérience et la connaissance du terrain imposent le respect et l’humilité. D’autant que, si William Leblanc fait parfois allusion au couple Temoana-Tahiaòko, il ne donne pas de détails nous permettant de faire progresser nos investigations.

2)- Georges Winter (à Taiohaè d’octobre 1843 à juin 1847)

Il en est tout autrement avec le second de ces jeunes Français qui se nommait Georges Winter. Arrivé à Taiohaè en 1843, il en repart en 1847 après s’être installé colon sur place où, ayant appris la langue marquisienne, il sert d’interprète aux autorités françaises lors d’événements aussi marquants que le procès et l’exécution du chef Pākoko en mars 1845.

Publié en 1885, son journal intitulé « Un Vosgien tabou à Nouka-Hiva » est truffé de détails circonstanciés sur les événements importants de la période historique concernée ; il contient aussi des détails précieux nous ouvrant des perspectives nouvelles relatives aux épouses et à la descendance de Temoana.

Publiés dans la collection « Les Voyageurs inconnus », les souvenirs de voyage de Georges Winter ne sont, en fait, qu’un résumé de l’œuvre complète que se proposait de présenter, dans son bulletin, « La Société de géographie de l’Est ».

Espérons qu’un éditeur courageux trouvera, un jour, les moyens de promouvoir, dans son intégralité, cet ouvrage majeur et central de l’histoire de Nukuhiva à cette période-là ! Nous en avons besoin…


C) – L’intellectuel français Edmond de Ginoux de la Coche (deux séjours à Taiohaè ; du 16 septembre au 4 novembre 1843 (cinquante jours) et du 26 août au 3 septembre 1848 (une semaine).

Né d’une famille d’aristocrates en 1811, Edmond de Ginoux de la Coche a une jeunesse dorée à l’issue de laquelle il embrasse la carrière militaire où il s’ennuie. Il se jette alors dans le journalisme et collabore successivement avec plusieurs journaux régionaux et nationaux tels le « National » dont l’engagement républicain est fortement revendicatif et pour lequel il suit de près la préparation à l’annexion des îles Marquises en 1842.

C’est à cette époque-là qu’il abandonne le journalisme pour s’engager dans un long voyage de découverte de l’Océanie qui lui fournit le sujet de plusieurs ouvrages et lui permet de collecter des centaines d’objets artisanaux ou rituels.

En 2001, aux éditions « L’Harmattan », Frédéric de La Grandville publie « Edmond de Ginoux ; ethnologue en Polynésie française dans les années 1840 » agrémenté du sous-titre « Catalogue raisonné des objets ethnographiques composant ma collection » (1866).

Comme l’indique cette dernière information, l’auteur prend appui sur le catalogue des objets récoltés par Edmond de Ginoux qu’il entrecroise avec les commentaires portés par ce dernier au fil de ses pérégrinations.

Bien que relativement courts, ses deux séjours à Nukuhiva, nous fournissent, eux aussi, des éléments nouveaux en référence aux épouses et à la descendance de Temoana. En outre, lors de son deuxième séjour en 1848, il est accompagné d’Adèle de Dombasle (probablement sa sœur Adèle, de quatre ans son aînée) qui nous laissera de nombreuses illustrations dont un célèbre portrait au crayon de Temoana de face.

temoana dombasle 1848 copie 2


D) – Le Père Patrick O’Reilly (1900-1988), religieux catholique, historien et ethnologue.

Chercheur passionné d’Océanie, il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels « Tahitiens, Répertoire biographique de la Polynésie française, Société des océanistes n° 36, Musée de l'Homme, Paris, 1962 et 1975 ». Comme son titre l’indique, il s’agit d’un catalogue de courts portraits des personnalités de la Polynésie française ; nous y avons trouvé de nombreux indices venant corroborer le résultat des investigations dont nous allons maintenant vous faire part.

 

III – L’HISTOIRE REDÉCOUVERTE : les révélations.


A) – La première épouse de 1833 ; son nom, son origine et sa descendance.

1)- Témoignages de Georges Winter

*- En août 1845, alors qu’il passe près de la résidence de Temoana à l’entrée des vallées Meàu/Hōata, Georges Winter écrit :

« Je suis reçu par la reine (*Tahiaòko) et la fille de Temoana, celle-ci issue d’un premier mariage du roi (*Temoana) avec la fille de Paètini, princesse des Taiòa, et qu’il répudia en raison d’une maladie scrofuleuse qui la rongeait ». (8) (9)

*- En mars 1847, alors qu’ils se trouve à Hakauì pour aider à y régler un conflit, il rencontre la grande prêtresse Tauàmataheva qui « prévient aussitôt l’ex-reine, première femme de Temoana, qui accourt ». (10)

2)- Témoignages d’Edmond de Ginoux de la Coche.

Dans son catalogue raisonné, Ginoux nous explique qu’il était proche d’un certain Maki, « dernier mari de la Reine Patini (*Paètini) (11) » dont il occupait encore la case. Ginoux nous raconte alors une anecdote datée de 1843 :

« Je regardais le vieillard préparant son repas. Il pétrissait du fruit de l’arbre à pain avec du lait de coco. Sa tâche était presque achevée quand son petit-fils, Manoutini (*Manutini), enfant de sept ans, futur roi de Noukou-hiva (*Nukuhiva), vint espièglement lancer une poignée de sable dans la calebasse ». (12)

Plus loin, Ginoux nous précise comment, au décès de Paètini en 1840 (* ou 1841), « on lui (*Maki) avait confié l’éducation de son petit-fils, Manoutini (*Manutini), enfant de cinq ans, successeur désigné de Té-Moana (*Temoana) ». (13-1) (13-2)

3)- L’acte de baptême de Temoana et de sa famille, établi par le Père Dordillon le 29 juin 1853 à Taiohaè et retranscrit ci-après :

« L’an de Notre Seigneur Jésus-Christ mil huit cent cinquante-trois et le vingt-neuvième jour du mois de juin, par nous soussigné, ont été baptisés solennellement le Roi Temoana auquel nous avons donné le nom de Jules Charles ; sa femme Vaekehu à laquelle nous avons donné le nom de Élisabeth Louise Françoise ; son fils Moana Tini auquel nous avons donné le nom de Stanislas Jules Charles ; sa fille, Teiki au tini à laquelle nous avons donné le nom de nom de Louise ; un jeune enfant nommé Iha, neveu de Temoana, auquel nous avons donné le nom de Jules-Charles ; une jeune enfant nommée Makueè à laquelle nous avons donné le nom de Élisabeth Louise Françoise. Iha âgé d’environ cinq ans, et Makueè, âgée d’environ trois ans. »

Malheureusement, l’acte ne précise l’âge d’aucun des deux enfants de Temoana.

4)- Portraits du Père Patrick O’Reilly.

Si l’édition de « Tahitiens, … » de 1962 ne fait allusion qu’à Temoana, celle de 1975 nous propose le portrait de plusieurs autres personnalités marquisiennes. Certains des détails que donne O’Reilly à propos de la famille de Temoana proviennent peut-être de l’acte de baptême mentionné ci-dessus :

« Temoana épousa en premières noces Apekuà, fille aînée de Temaunui (21) et de Paètini qui lui donna un fils, Moanatini, et une fille, Teikiautini (* Teìkiàutini) ». (14)

 

IV – CONCLUSIONS. Quelles informations tirons-nous de ces documents et témoignages ?


A) - Concernant la première épouse de Temoana et leur descendance.

1) - Temoana a été marié une première fois en 1833 avec une jeune femme dont Georges Winter écrit qu’elle était fille de Paètini. Le Père O’Reilly précise que c’était la fille aînée de Paètini et qu’elle se nommait Apekuà. (15)

2) – De cette union sont nés des enfants mentionnés par Gorges Winter et Edmond de Ginoux de la Coche entre 1843 et 1847.

Le premier écrit avoir rencontré une petite fille dont il ne donne pas le nom mais le Père O’Reilly écrit qu’elle se nommait Teìkiàutini ; c’est aussi le nom mentionné dans l’acte de baptême. Aux pages 90-95 de son « Essai d’Histoire de la Mission », 1929, le Père Siméon Delmas précise que Teìkiàutini était aveugle.

Le second, en revanche, ne parle pas de petite fille mais d’un garçon nommé Manutini, âgé de cinq ans en 1840/1841 et de sept ans en 1843.

3) – Tout en nous apportant des précisions essentielles, les actes officiels dont nous disposons nous amènent à nous poser de nouvelles questions.

a) - L’acte de décès de Stanislas Moanatini daté du 16 décembre 1893 précise qu’il avait quarante-neuf ans, qu’il était fils de Temoana et de Apekuà et qu’il était né à Hakauì. Il serait donc né en 1844, à une époque où Temoana vivait avec Tahiaòko.

Le couple Temoana-Apekuà, pourtant séparé, aurait donc alors eu trois enfants.

b) – Néanmoins, l’acte de baptême familial groupé du 29 juin 1853 ne mentionne que deux enfants de Temoana: un fils, Moanatini, et une fille, Teìkiàutini.

Si l’existence de Teìkiàutini ne fait plus aucun doute, il se pourrait que l’aîné, Manutini, soit absent de l’acte de baptême parce qu’il était décédé avant 1853 laissant la place à son frère cadet, Moanatini, la place de tama hakaìki, fils héritier de la chefferie.

4) – Autres remarques.

Considérant que, à leur mariage en 1833, les deux époux n’avaient que douze ans et que, six mois plus tard, Temoana avait disparu pendant cinq ans, plusieurs options s’offrent à nous.

a) – Si Manutini avait cinq ans en 1841, il ne peut être le fils biologique de Temoana qui n’est revenu à Taiohaè qu’en décembre 1839 après une absence de cinq ans.

Il faut savoir aussi que, selon le pasteur W. P. Alexander mentionné plus haut, un vāhana-pekio (ou mari secondaire) était déjà présent à la cérémonie de mariage du très jeune couple en 1833. Lui, ou un autre, pourraient très bien être les pères biologiques des deux enfants.

À moins que, mais ce n’est mentionné nulle part, lors de son escale à Tahuata en mars/avril 1836, Temoana ait pris le temps de « faire un saut » à Nukuhiva afin d’y retrouver Apekuà. Cinq années, cela coïnciderait avec l’âge de Manutini. (16)

De surcroit, afin de lever toute ambiguïté sur la confusion possible entre Manutini et Moanatini, nous savons que, entre octobre 1856 et juin 1857, alors âgé d’environ douze ans, Stanislas Moanatini avait accompagné Mgr Dordillon à Valparaiso au Chili pour son ordination épiscopale, et il avait été scolarisé sur place pendant ces huit mois.

En comparant les dates fournies par Ginoux de la Coche avec les données de l’acte de décès de Stanislas Moanatini, on constate que l’enfant ayant accompagné l’évêque ne peut être Manutini décrit comme ayant sept ans en 1843, et qui aurait eu vingt ans en 1856. Entre douze et vingt ans, il ne peut y avoir possibilité de confusion.

b) – Étant donné qu’aucun de nos référents ne donne l’âge de la fille, on peut imaginer que :

¤ - elle n’est pas, non plus, fille biologique de Temoana, ou bien que

¤ - Temoana étant définitivement revenu à Taiohaè en décembre 1839, et ayant retrouvé Apekuà à ce moment-là, Teìkiàutini serait née vers la fin de 1840. Le couple aurait pu se retrouver pendant quelques semaines au terme desquelles Temoana aurait délaissé Apekuà à cause de la maladie qui la défigurait.

En conclusion à ce premier point, on pourrait dire que Temoana a épousé Apekuà en 1833 et que, officiellement, ils eurent un garçon nommé Manutini (peut-être né en 1837), une fille appelée Teìkiàutini (peut-être née en 1840) et un garçon nommé Moanatini, né en 1844 (d’après son acte de décès).

Bien qu’ayant « répudié » Apekuà en raison de sa maladie et, tout en vivant avec Tahiaòko entre 1842 et 1848, Temoana semble avoir conservé des liens étroits avec Apekuà qui s’était installée à Hakauì, sa vallée natale. C’est ce que tend à prouver l’acte de décès de Moanatini qui précise que ce dernier était né à Hakauì ; le garçon serait alors le fruit des liens qui perduraient entre les deux époux. Souvent en désaccord avec Tahiaòko, peut-être Temoana retrouvait-il parfois un peu de réconfort auprès de Apekuà ?


B) – Concernant la deuxième épouse, Tahiaòko, sans descendance.

Comme raconté plus haut, elle était l’épouse de Temoana en 1842 au moment de l’annexion française.

Déjà, à cette époque-là, les deux époux ne s’entendaient pas et, comme nous l’avons déjà vu, contrairement aux dires de Temoana expliquant qu’elle avait été enlevée par les Taiòa de Hakauì, Tahiaòko dira au Père Baudichon qu’elle s’était enfuie à cause du comportement instable de son mari, aggravé par l’abus d’alcool.

Ce trait de caractère du chef a été rapporté à de nombreuses reprises tout au long de la décennie 1840 et, d’après Edmond Ginoux de la Coche, c’est ce qui provoqua la rupture définitive entre les deux époux. En 1848, il écrit :

« Tahiaòko était trop grande princesse pour endurer les mauvais traitements de son mari, que du reste elle méprisait profondément. Deux fois elle s’était enfuie de sa case royale, et s’était réfugiée auprès d’un chef d’une tribu voisine qu’elle aimait. (…) La troisième fois qu’elle s’enfuit, rien ne put vaincre sa résolution de ne plus tenter une nouvelle épreuve. Té-Moana dut se résigner ». (17)

Edmond de Ginoux ne parle pas d’enfants à propos de Tahiaòko, parce qu’elle n’en avait pas.

C’est Georges Winter qui nous donne les précisions qui nous intéressent à l’occasion d’un événement étonnant qui se produisit en août 1845.

Un jour qu’il est invité chez Tahiaòko, celle-ci l’accueille de ces mots :

« Me mai ! Me mai ! To ù tama. », « Viens, avance, mon enfant ! ». Georges Winter écrit :

« Ces paroles me paraissent d’autant plus surprenantes que la reine n’a pas de fils légitime ou adoptif ».

Georges Winter dit ensuite que Tahiaòko le fait assoir en face d’elle et raconte que :

« … mariée à Temoana depuis plusieurs années et ayant acquis la certitude que son mariage serait stérile, les lois lui confèrent le droit d’adopter un enfant mâle, à qui elle donnera le nom de Moana-Tiné (chef suprême ou infini) (*Moanatini). Et, me désignant à toute l’assemblée, elle ajoute : « Voilà le fils de mon choix ; qu’il soit comme celui de mes entrailles : il est tabou par nos dieux sacrés ! » ». (18)

Dans sa surprise, Georges Winter explique que Tahiaòko l’adopte et le fait tapu afin de le protéger de tous les ennemis rencontrés lors de ses futurs déplacements dans l’île.

Si l’on se réfère aux dates, cet événement de 1845 se tiendrait un an après la naissance du Moanatini que Temoana avait eu de sa première épouse Apekuà. Donner ainsi à un étranger le même nom que celui du dernier fils d’un époux volage, ne serait-ce point-là, peut-être, la vengeance d’une épouse bafouée ?

En conclusion à ce second point, peu de nouveautés par rapport à l’Histoire connue ; Tahiaòko fut bien la seconde épouse de Temoana qu’elle délaissa en 1848 et dont elle n’eut pas d’enfant.


C)- Concernant la troisième épouse au nom inconnu.

De tous les documents dont nous disposons à l’heure actuelle, seul celui de Ginoux de la Coche mentionne cette troisième épouse. En 1848, il écrit :

« Comment remplacer convenablement sa fugitive ? L’île de Noukou-hiva (*Nukuhiva) ne possédait pas une autre Tahiaòko. À la fin, Té-Moana (*Temoana) apprit qu’un chef de Ouapo (*Ùa Pou), petite île à dix lieues (*48 km) au sud de Noukou-hiva, avait une fille très belle, très blanche, avec des yeux bleus. Sur ces indications, le roi partit, et il ramena, en effet, une charmante jeune femme, douce, résignée, qu’il installa à la place de Tahiaòko. Je doute que la fille du chef de Ouapo vive à cette heure. Quand j’ai quitté Noukou-hiva pour la dernière fois (* le 3 septembre 1848), la nouvelle reine était souffrante et paraissait ne devoir pas vivre longtemps ». (19)

Si l’on sait désormais que Temoana a remplacé Tahiaòko par cette jeune femme, on ne connait pas son nom. Nul ne sait, non plus, si elle eut des enfants, ni comment elle disparut pour être remplacée par Vaekehuupokotitipū en 1849 ou 1850.


D)- Concernant la quatrième et dernière épouse, Vaekehuupokotitipū.

1)- Vaekehu, l’épouse

Grâce à son mariage avec Temoana auquel elle survécut jusqu’en 1901, nous disposons de nombreux détails concernant la grande dame marquisienne, haatepeiù.

Son acte de décès, le 18 juin 1901, nous apprend qu’elle avait soixante-seize ans à sa mort (*elle serait donc née en 1825) et que, tout comme Apekuà, elle était fille de Paètini ; toutes deux étaient donc sœurs, arrière-petites-filles de Kiatonui et cousines au troisième degré de Temoana, lui-même arrière-petit-fils de Kiatonui par une autre lignée.

Comme déjà signalé, pour son premier mariage, elle avait épousé un des chefs de la tribu Hapaa de Vaituku qui se nommait Tetōuanuiohapaa avec lequel elle avait eu une fille, Titahuuupoko. Ces deux derniers étant décédés, elle put épouser Temoana à la disparition de sa troisième épouse, en 1849 ou 1850.

C’est à l’occasion des incidents de 1852 avec le Commandant-particulier Bolle mentionnés plus haut, que le nom de Vaekehu apparait pour la première fois dans les livres d’Histoire pour ne plus jamais les quitter. En 1863, Temoana mourut et elle ne se remaria jamais.

2)- Vaekehu, la mère adoptive

a) - Depuis toujours, j’avais lu et entendu dire que n’ayant pas eu d’enfants, Temoana et Vaekehu avaient adopté un jeune garçon nommé Moanatini.

Ayant été proche de Vaekehu à partir de 1886, voici ce que le Père Siméon Delmas écrivait sous une photo prise en 1910 représentant, entre autres, les cinq enfants orphelins du premier couple Taupotini, arrière-petits-enfants de la grande dame :

« Le roi Charles Temoana et sa femme Vaekehu, n’ayant pas eu d’enfants, adoptèrent Stanislas Moanatini et lui transmirent tous leurs droits et titres. Il fut le dernier roi de Nukuhiva ». (20)

b) - Avant 1872, l’état civil n’existait pas aux Marquises et, au moment où elle s’est déroulée, l’adoption de Moanatini a dû se faire selon la tradition. Mais quand on est chef de Hakauì, officialiser cette adoption devient nécessaire si, outre le titre, on veut avoir accès aux centaines d’hectares de terre qui y sont attachées par héritage.

C’est à Taiohaè, le 29 mai 1879 que, en présence du Résident Eugène Chastagné, fut donc officialisée l’adoption par Vaekehu de Moanatini alors âgé de trente-cinq ans. L’acte précise que Moanatini était le fils adoptif de Temoana, défunt mari de Vaekehu, « qui avait nourri l’enfant depuis plus de vingt ans ».

À partir de ce moment-là, Moanatini pouvait prétendre à l’héritage de son père et aussi à celui de sa mère adoptive à la mort de cette dernière. Mais il mourut en 1893, huit ans avant elle, et ce furent ses deux filles Élisabeth-Vaekehu et Marie-Anne-Sabine qui en bénéficièrent avec leur nombreuse descendance.

3)- L’incertitude demeure.

Au lieu de simplifier notre réflexion, certains détails des actes d’adoption et de décès de Stanislas Moanatini sont contradictoires et ne nous facilitent pas la tâche.

En effet, si l’acte d’adoption de 1879 précise que Stanislas Moanatini était fils adoptif de Temoana, défunt mari de Vaekehu, son acte de baptême et son acte de décès stipulent qu’il était fils de Temoana et de Apekuà. On peut aussi y lire que Stanislas était né à Hakauì, vallée de résidence de Apekuà en 1844.

Ce qui induit une autre question : si Temoana était vraiment le père de Stanislas, pourquoi aurait-il eu besoin de l’adopter ?

À ce jour, cela reste un mystère, même si, finalement, quelle que soit la vérité, Stanislas a toujours été considéré comme seul héritier légitime de Temoana et de Vaekehu.


D)- La descendance connue et inconnue de Paètini (21)

Vers 1780, le grand chef Kiatonui avait épousé Tahiataiòa, fille de Katohomo, chef des Taiòa de Hakauì. Vers 1797, leur fille première-née, Tahiatapu/Tahatapu/Tahiapū (22) aussi appelée Fetūtini, avait été donnée en mariage à Mauateii/Moetai/Teiimoeau (22), jeune chef du clan Naiki des Hapaa de Teuhitua, fils du chef Taheteio.

Une petite fille leur était née. Lors de son séjour à Nukuhiva en 1798-1799, le pasteur William Pascoe Crook rapporte avoir rencontré une petite fille nommée Honutini, familièrement nommée Kini, et qu’elle est « l’enfant chérie de sa grand-mère Putahaii auprès de laquelle elle demeure dans une maison tapu avec un serviteur à sa disposition » (23). Les changements de nom étant fréquents au cours d’une vie, il est possible que Honutini ait été le premier nom de Paètini.

En 1813, elle avait environ seize ans au passage de Porter qui remarqua sa beauté et en dessina même le portrait ci-après.

 paetini porter 1813                                      

Bien que Porter écrive :

« … elle reçut mes avances avec une froideur et une fierté dignes d’une princesse (…) et repoussa toutes tentatives de familiarité de ma part », (24), il semble que cette attitude de Paètini ne dura pas car les rumeurs de leur liaison finirent par arriver aux États-Unis où elle choqua nombre de puritains.

1)- La descendance connue de Paètini : Apekuà, Vaekehuupokotitipū et, peut-être, Tahiaòko.

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’Histoire des îles Marquises et, plus particulièrement à celle de Nukuhiva, depuis les recherches effectuées par le défunt évêque Mgr Hervé Le Cléac’h et, en dépit de ses nombreux maris secondaires pekio avérés, il était généralement admis que Paètini n’avait eu que deux filles, Tahiaòko et Vaekehu, épouses successives de Temoana.

Nous savons désormais qu’il en est autrement car Apekuà était aussi fille de Paètini.

2)- La question de l’origine de Tahiaòko


***- Les témoignages contradictoires


a) - La première piste nous est donnée par Max Radiguet présent à Hakauì fin juin 1842 pour le retour de Tahiaòko auprès de son époux. En plus de préciser qu’elle avait environ seize ans, Radiguet écrit que :

« Non seulement la réunion des deux époux consolidait la paix entre les Taïoas (*Taiòa) et les Teïs (*Teii), mais Taheïaoco (*Tahiaòko), de la tribu des Vaïs (* les Taipi de Vaiiì, vallée désormais appelée Taipivai) ayant adopté le fils d’un grand-chef de cette tribu, devait jouir des droits de son pupille pendant plusieurs années encore ». (25)

D’après Radiguet, Tahiaòko était donc Taipi. Or, nous savons qu’il n’y avait aucun Taipi dans la généalogie des enfants de Paètini (21).

b) - La deuxième piste nous est proposée par Georges Winter en trois occasions. (26)

*– Alors que Georges Winter mentionne à plusieurs reprises « les filles de Paètini », il n’écrit pas une seule fois que Tahiaòko en faisait partie. D’ailleurs, aucune de mes recherches ne m’a jamais indiqué non plus que Tahiaòko était fille de Paètini.

*- En août 1845, après avoir volé du matériel et des vêtements, un Marquisien qui travaillait au Fort Collet s’était enfui à Hooumi, sa vallée d’origine où réside la tribu des Teavaàni. Georges Winter s’y rend en canot et récupère les biens dérobés chez les parents du coupable.

Apprenant la nouvelle au retour de Winter à Taiohaè, Temoana et Tahiaòko se rendent au fort Collet pour s’excuser du comportement de leur compatriote, et inviter Winter à un repas de réconciliation. Face au refus du Français, Tahiaòko lui lance :

« Je vois bien maintenant, par votre refus, que vous êtes dans l’intention de faire la guerre à mon père et sa tribu ». (27)

*– Afin d’éviter des représailles, Winter se rend finalement à l’invitation chez Temoana où Tahiaòko lui annonce son adoption sous le nom de Moanatini et elle ajoute :

« Va maintenant, mon fils ; tu peux aller en toute sécurité chez les Taïpi-Moanas, ma patrie. Là, comme partout ailleurs, ton nom sera béni et respecté ». (28)

Si Tahiaòko dit qu’elle vient de la tribu des Teavaàni de Hooumi, on ne peut que la croire.


***- Quelle peut être la raison de cette différence d’origine ?


Il s’agit probablement d’une confusion de noms.

*- Comme Tahiaòko le précise, sa tribu (*les Teavaàni de Hooumi) étant connue par les Français sous le nom de Taipi-Moana (26), il est logique que Radiguet ait écrit qu’elle était Taipi.

*- Le mari officiel de Paètini était chef des Teavaàni et se nommait Tuoiea/Tooòiaù/Temaunui/Temanunuioteii (22). Or, comme on vient de le lire un peu plus haut, Tahiaòko dit à Winter que son père est aussi chef des Teavaàni de Hooumi.

Si l’on en croit l’appellation de Taipi-Moana donnée par les Français, ce chef-là se nommait peut-être Moana. Peut-être les deux hommes étaient-ils frères ? Auquel cas, après la répudiation de Apekuà, faute de pouvoir lui procurer une autre de ses filles, libre de tout lien matrimonial, Paètini aurait pu proposer à Temoana sa nièce par alliance, Tahiaòko.

Ce n’est, bien sûr, qu’une supposition reposant sur la base des informations connues à ce jour. Comme Tahiaòko disait qu’elle était fille d’un chef Teavaàni, on a probablement cru qu’il s’agissait de Tuoiea/Tooòiaù/Temaunui/Temanunuioteii (22), époux officiel de Paètini, et qu’elle était donc fille de cette dernière et sœur de Apekuà et de Vaekehuupokotitipū.

Jusqu’à preuve du contraire, nous savons désormais que ce n’est peut-être pas le cas et cela pose la question sur le nombre et le nom des enfants de Paètini.

3) – Les enfants inconnus de Paètini.

Là encore, les indications de George Winter nous permettent d’affirmer que Paètini avait d’autres enfants que Apekuà et Vaekehuupokotitipū, ce qui est quelque peu logique vu le nombre de prétendants qu’on lui connait.

a) – Le 28 janvier à Taiohaè, en bas de la vallée Meàu, cinq soldats français sont en train de laver leur linge dans la rivière que Winter appelle « la seconde rivière » (29) ; ils sont assassinés par des guerriers marquisiens ; Georges Winter fait partie du groupe des rescapés. Soupçonné d’avoir commandé ou commandité le massacre, le chef Pākoko s’enfuit au-delà des crêtes de l’est chez les Hapaa-Manu dont Winter nous dit que :

« C’est une tribu pauvre n’ayant pas les ressources voulues pour donner une hospitalité aussi coûteuse ; elle abrite les enfants de Payetini (*Paètini) qui avait été la maîtresse du capitaine Porter ». (30)

b) - Fin avril 1847, afin de convier les chefs de toutes les tribus à la Fête du Roi et au banquet prévus pour le 1er mai, plusieurs officiers sont dépêchés dans les vallées.

Accompagnés de Temoana, les officiers Meunier et Lévêque se rendent d’abord à Hooumi « dont les chefs sont parents avec Temoana (*par sa femme, Tahiaòko) et où ils sont très bien reçus ». (31)

Quant à Winter, il se rend chez les Taipi de Vaiiì où il rencontre des difficultés à décider le chef, finalement convaincu par son épouse, de se rendre à l’invitation.

Pour rentrer à Taiohaè, on le porte à la traversée de la rivière Vaiiì puis, plein sud, il escalade la pente pour se retrouver « face à des sauvages armés, avec des flambeaux ; c’est la tribu dont le chef est le frère des filles de Paètini. Nous y trouvons un bon accueil et un bon gîte ».

Les enfants de Paètini sont donc des Hapaa-Manu qui habitent la vallée de Vaituku héritée de leur grand-père maternel Moetai/Mauateii/Teiimoeàu (32).

c)- Voici un renseignement de premier ordre : Paètini avait donc aussi eu un fils dont le nom commençait par « Manu » ou « Temanu », peut-être « Temanunuio...» (Le Grand Oiseau de ..., comme son père...)

D’après les divers renseignements donnés par Winter, plusieurs des enfants de Paètini vivaient chez les Hapaa-Manu, auprès du chef « Temanu », leur frère.

On se rappelle aussi que, avant d’épouser Temoana, Vaekehuupokotitipū avait eu comme mari Tetōuanuiohapaa, chef Hapaa ; peut-être le couple vivait-il auprès de Temanu avec leur fille Titahuuupoko ? (33)

Finalement, sans en connaître le nombre ni tous les noms, nous savons désormais que, outre Apekuà, Vaekehuupokotitipū et, peut-être Tahiaòko, Paètini avait aussi eu un fils, Temanu…, et peut-être d’autres filles vivant à Hakapaa sous la protection de ce dernier.

 

E) – ÉPILOGUE : Qu’est-il advenu de Manutini et Teìkiàutini, les deux premiers enfants que Temoana avait eu avec Apekuà ?

Concernant la petite fille, à ce jour, personne à Taiohaè, n’a pu répondre à cette question ; seuls quelques anciens se souviennent d’une femme, maintenant décédée et sans descendance, qui portait le nom presque identique de Teìkiahutini.

Quant à l’aîné, Manutini, désigné comme successeur de Temoana dès 1843, comme j’en ai émis l’hypothèse plus haut, il est probable qu’il n’ait pas vécu très longtemps ; ce qui expliquerait pourquoi il ne figure pas sur la liste des baptisés du 29 juin 1853.

C’est donc Moanatini, son frère cadet qui, en sa qualité de troisième enfant mâle survivant du couple Temoana-Apekuà, a finalement succédé à son père.


Notes

(1) Les mots marquisiens sont orthographiés conformément à la graphie prônée par l’Académie marquisienne, Te Pū Tuhuka èo ènana/Te Pū Tuhuna èo ènata.

(2) Après un premier régent nommé Piunaiki, c’est son successeur et frère, Hape ou Haape, que William P. Alexander eut comme interlocuteur privilégié. Plus tard, il fut remplacé par Hopevehine et par Niehitu.

(3) Dening, Greg, « Marquises 1774-1880. Réflexion sur une terre muette », éditions de l’association Èo Ènana, Tahiti, 1999 ; page 179.

(3_2) Carol S. Ivory est professeure émérite d’histoire de l’art à l’université de l’état de Washington, USA. Retraitée depuis 2014, elle continue à manifester son intérêt particulier pour les Marquises en publiant des articles de fond. En 2016, elle fut aussi commissaire de l’exposition « Mata Hōata » au musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris. Nous sommes en contact régulier et dès la parution de cet article, elle m’a envoyé copie de documents en anglais rédigés par les missionnaires protestants Alexander et Armstrong présent à Nukuhiva en 1833 et 1834.

Contrairement à ce que j’ai écrit plus haut, Alexander précise que la jeune épousée, Apekuà, est d’origine Hapaa ; le lendemain de la cérémonie, une grande foule se rend dans la vallée Hapaa, derrière les crêtes de l’est.

J’ai d’abord cru que toute ma théorie était fausse et à refaire mais, en regardant l’histoire de plus haut, je me suis souvenu que le grand-père d’Apekuà était Mauateii/Teiimoeau, chef Hapaa.

En outre, comme je le décris plus loin dans l’article, par les écrits de George Winter, nous apprenons que le frère d’Apekuà, Temanu…, était chef des Hapaa et que certaines de ses sœurs habitaient avec lui, tout comme Vaekehu avec son mari Tetōuanuiohapaa.

Même s’il s’agit ici de 1843 à 1487, il est fort possible que, dix plus tôt, les enfants de Paètini habitaient ensemble dans la tribu de leur grand-père, sous la protection de leur frère, chef de la tribu.

Si je me trompe, si Apekuà n’était pas l’épouse de 1833, cela signifierait que Temoana a peut-être eu une cinquième épouse, et là, il me faudrait reprendre mes recherches…

(4) Radiguet, Max, « Les Derniers Sauvages », éditions Phébus, Paris, 2001 ; page 97)

(5) Radiguet, op. cit. ; pages 217/218.

(6) Les notes entre parenthèses commençant par un astérisque sont des remarques de l’auteur.

(7) Winter, Georges, « Un Vosgien tabou à Nouka-Hiva ; souvenirs de voyage de Georges Winter, ex-soldat d’infanterie de Marine », résumé par J.V. Barbier, collection « Les voyageurs inconnus », imprimerie Berger-Levrault et Cie, Nancy, 1885 ; page 64.

(8) Winter, op. cit. ; page 28.

(9) Petit Larousse, 2005, « écrouelles : lésions cutanées dues aux adénites tuberculeuses chroniques (inflammations des ganglions lymphatiques). Les rois de France étaient censés guérir les écrouelles par simple attouchement le jour de leur sacre ». En marquisien, cette maladie se nomme « e kaki àraara » ; dictionnaire Dordillon, page 112-I et 84-II.

(10) Winter, op. cit. ; page 30.

(11) Lorsque, dans le texte original, un nom propre ou commun est écrit différemment de l’orthographe moderne, cette dernière est proposée entre parenthèses et systématiquement utilisée à chaque nouvelle occurrence.

(12) La Grandville, Frédéric de, « Edmond de Ginoux, ethnologue en Polynésie française dans les années 1840 ; catalogue raisonné des objets ethnographiques composant ma collection (1866). Édition critique : préface, notes, annexes et restitution du texte », éditions L’Harmattan, 2001 ; page 229.

(13-1) La Grandville, op. cit. ; page 286

(13-2) Max Radiguet le nomme Makiu ou Teiki ; il écrit aussi qu’il était bien veuf de Paètini et que « il habitait encore, en 1845, la case de l’atepeïu (*haatepeiù, cheffesse) défunte au pied du fort Collet » ; op. cit ; pages 183/185

(14) O’Reilly, Patrick, « Tahitiens, Répertoire biographique de la Polynésie française », Société des Océanistes n° 36, Musée de l'Homme, Paris, 1962 et 1975 ; page 551.

(15) Le nom de Apekuà se rencontre encore à Nukuhiva où il est associé à la tribu des Pua.

(16) Rappel : en mars 1836, après une absence de deux années, Temoana fait escale à Vaitahu, Tahuata. Arrivé à bord du Dunrottan Castle, il est accompagné de Thomas Heath, pasteur de la L.M.S. dans le Pacifique. Il harangue la foule des ènata aux côtés de Iotete ; il leur demande de respecter le sabbat et l’enseignement missionnaire, et leur annonce son retour prochain dont il demande de faire part à Nukuhiva. Il repart avec Heath aux Samoa.

(17) La Granville, op. cit. ; page 79.

(18) Winter, op. cit. ; page 27.

(19) La Grandville, op. cit. ; page 79.

(20) Delmas, Père Siméon, « La Religion ou le paganisme des Marquisiens », éditions Beauchesne, Paris, 1927 ; page 203.

(21) Paètini était Hapaa par son père Moetai/Mauateii/Teiimoeàu (22), et Teii par sa mère Fetūtini Tahiatapu/Tahatapu/Tahiapū (22), fille première-née de Kiatonui, grand-chef des Teii de Taiohaè et de son épouse Tahiataiòa, fille ainée de Katohomo, chef des Taiòa de Hakauì. En épousant Tuoiea/Tooòiaù/Temaunui/Temanunuioteii (22), chef des Teavaàni de Hooumi, Paètini profitait, au côté de ses enfants, d’une protection que lui procuraient les liens du sang avec quatre des grandes tribus de Nukuhiva, les Taipi de Vaiiì exceptés.

(22) Une suite de noms propres séparés par une barre oblique désigne tous les noms par lesquels une même personne était connue.

(23) Crook, William Pascoe, « Récit aux îles Marquises, 1797-1799 », éditions Haere Pō, Tahiti, 2007 ; page 137.

(24) Porter, Commodore David, « Nukuhiva, 1813-1814 ; le Journal d’un corsaire américain aux îles Marquises », éditions Haere Pō, Tahiti 2014 ; page 48.

(25) Radiguet, op. cit. ; page 97.

(26) Afin de mieux les différencier, les Français avaient attribué aux tribus de Nukuhiva des noms quelque peu imagés. Pour les tribus Teii de Taiohaè et Taiòa de Hakauì, il n’y avait pas de problème de nom car c’était des tribus amies, régulièrement fréquentées. Pour les autres, c’était différent ; les Français faisaient suivre le nom de la tribu du nom de leur chef car chaque tribu était composée de plusieurs clans qui résidaient en des vallées différentes.

Les Hapaa formaient la tribu la plus proche à l’est derrière les crêtes surplombant Hakapehi et au-delà de la cime de Muàke (* que Winter nomme Muàketū). Les vallées Vaituku et Teuhitua étaient occupées par les Hapaa-Moetini dont le chef se nommait Moetini. Les Hapaa qui habitaient à l’est de Muàke occupaient l’immense vallée de Hakapaa ; les Français la nommaient les Hapaa-Manu, car le nom de leur chef commençait par Manu ou Temanu.

Les tribus qui habitaient immédiatement plus au-delà, au nord et plus à l’est (les Pua et les Atitoka exceptés), faisaient partie de l’alliance Taipi et les Français les appelaient tous ainsi. Pourtant, elles étaient bien distinctes.

Le nom que porte désormais la vallée de Taipivai date de cette époque-là. Les Français ne faisaient pas de différence de nom entre les différents clans qui s’éparpillaient entre la côte et les cascades du fond de la vallée, le long d’une belle rivière qui s’appelait et s’appelle toujours Vaiiì. Ils appelaient donc cette tribu les Taipi-Vaiiì, ou plus certainement par commodité les Taipi-Vai ; on a même vu plus haut Max Radiguet écrire leur nom « Vaïs ». Le nom donné aux Taipi de Vaiiì est donc finalement resté pour qualifier la vallée toute entière.

À l’est de Taipivai et au nord de la Baie du contrôleur, dans la vallée de Hooumi, vivait une tribu que les français nommaient Taipi-Moana et dont le nom authentique était les Teavaàni (*La Voute céleste). Si l’on se réfère à la technique appliquée aux Hapaa, cela signifie que leur chef se nommait Moana. À moins que, ayant donné le nom de leur rivière à ceux qui habitaient Taipivai, ils aient utilisé le nom de « moana » parce qu’ils demeuraient non loin de l’entrée de la baie du Contrôleur, face à l’océan, te moana ?

Quant aux tribus de la côte nord vivant à Haatuatua, Anaho, Hatiheù, Àakapa, Hakae (Hakaèhu) et Motuèe, les Français les appelaient par leur nom d’origine plus ou moins déformé.

(27) Winter, op. cit. ; page 26.

(28) Winter, op. cit. ; page 28.

(29) Winter, op. cit. ; page 13. Depuis 1988, deux rivières se jettent à cet endroit-là, non loin l’une de l’autre. L’embouchure de celle qui descend de la vallée Meàu pour longer le tohua Temehea se nomme « Vaihuumoa ». L’embouchure de celle qui descend de Pākiu entre la Mission catholique et l’évêché s’appelle « Vaikeù ». Jusqu’aux travaux d’aménagement des années 1980, cette zone était une lagune marécageuse dans laquelle se jetaient les deux rivières, sans accès direct à la mer. C’était donc un endroit où l’eau douce était toujours abondante et où il était facile de laver son linge.

(30) Winter, op. cit. ; page 17.

(31) Winter, op. cit. ; page 38.

(32) Winter, op. cit. ; page 45.

(33) Comme le nom de son père était « Temanunuioteii » (* Le-Grand-Oiseau-des-Teii) et celui de son beau-frère « Tetōuanuiohapaa » (* La-Grande-Guerre-des-Hapaa), et qu’il était chef des Hapaa, on peut imaginer que son nom commençait par « Temanunuio… » (* Le-Grand-Oiseau-de/des…) ; mais ce n’est là qu’une supposition inspirée par le nom des hommes importants qui lui étaient proches et le fait que, selon l’appellation des Français, le nom du chef de cette tribu était « Manu » ou « Temanu ».

(34) Archives de l’évêché de Tefenuaènata, dossier baptêmes-mariages, Taiohaè, 1842-1896.

 

Bibliographie

- Crook, William Pascoe, « Récit aux îles Marquises, 1797-1799 », éditions Haere Pō, Tahiti, 2007.

- Delmas, Père Siméon, « La Religion ou le paganisme des Marquisiens », éditions Beauchesne, Paris, 1927. « Histoire de la Mission des îles Marquises,1838-1881 », Paris, 1929, 358 pages.

- Dening, Greg, « Marquises 1774-1880. Réflexion sur une terre muette », éditions de l’association Èo Ènana, Tahiti, 1999.

- Dordillon, Mgr. I. R., « Grammaire et dictionnaire de la langue des îles Marquises, Paris, Imprimerie Belin, 1904 », Société des Études Océaniennes, Tahiti, 1999.

- La Grandville, Frédéric de, « Edmond de Ginoux, ethnologue en Polynésie française dans les années 1840 ; catalogue raisonné des objets ethnographiques composant ma collection (1866). Édition critique : préface, notes, annexes et restitution du texte », éditions L’Harmattan, 2001.

- Larousse, Petit Larousse Grand Format, éditions Larousse, 2005.

- Leblanc, William, « Souvenirs d’un vieux Normand », éditions « Au vent des îles », Tahiti, 2006.

- O’Reilly, Patrick, « Tahitiens, Répertoire biographique de la Polynésie française », Société des Océanistes n° 36, Musée de l'Homme, Paris, 1962 et 1975.

- Porter, Commodore David, « Nukuhiva, 1813-1814 ; le Journal d’un corsaire américain aux îles Marquises », éditions Haere Pō, Tahiti 2014.

- Radiguet, Max, « Les Derniers Sauvages », éditions Phébus, Paris, 2001.

- Winter, Georges, « Un Vosgien tabou à Nouka-Hiva ; souvenirs de voyage de Georges Winter, ex-soldat d’infanterie de Marine », résumé par J.V. Barbier, collection « Les voyageurs inconnus », imprimerie Berger-Levrault et Cie, Nancy, 1885.

 

Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau

 

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