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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

La légende de la création des îles Marquises

Écrit par
atousivaismaisnosauàai

Sans remettre en question l’authenticité de cette légende, nombre de Marquisiens âgés restent dubitatifs quant aux raisons de sa résurgence au cours des années 1970. En effet, il ne faut pas oublier que, presque partout ailleurs dans le Pacifique, c’est Maui qui a pêché et tiré les îles du fond de l’océan…

Alors que l’Histoire des Marquises est marquée du désir d’indépendance de chaque île, de chaque vallée et de chaque tribu, le fort symbole d’unité nationale qu’elle véhicule semble avoir été le ressort de son renouveau à une époque où, initiée et encouragée par Mgr Hervé Le Cléac’h, la renaissance culturelle marquisienne, prenait son envol tous azimuts, matérialisant ainsi cette légende à l’époque moderne.

La légende est ici retranscrite par Jacques Iakopo Pelleau ; elle est déclamée par Joseph Teve Kaiha (maintenant maire de Ùa Pou), filmée par l’I.C.A. et diffusée sur « You Tube ».

 

Afin de faciliter la compréhension des structures de la langue d’origine, j’ai placé les mots manquants entre parenthèses.

 

ÈO ÈNANA

FRANÇAIS

(E) noho ana te henua i òto o te  keevō,

(e) kau ana te kuhane o te tau etua

ma ùka o te tai nui.

La terre vivait dans la nuit noire,

les esprits des dieux nageaient

à la surface de l’océan.

Eia i òmua,

o Atea me ta īa vehine, o Atanua, e pohuè ana,

haè koè to âua.

Voici que dans les temps anciens,

vivaient Atea et sa femme Atanua,

qui n’avaient pas de maison.

I tītahi â, ua peàu te vehine i ta īa vāhana :

« E aha oa tēnei hakatu pohuèìa o tāua,

haè koè ? »

Un jour, la femme dit à son époux :

« Quelle sorte de vie menons-nous donc,

ainsi privés d’habitation ? »

I te ahiahi, (ua) peàu te vāhana i ta īa vehine :

« I te nei,

e hakatū au i to tāua haè ».

Le soir, le mari dit à sa femme :

« Cette nuit même,

je vais construire notre maison ».

(U) topa iho te â, (u) hiti ake te .

Ua o Atea i vāveka o te keevō

me te anaunau i to īa tau paìoìo

peenei à :

«  E aopa…, e aopa…, e aopaki nui te henua,

haha te kuhane i Havaiki.

Ē aka òa ē, ē aka pito ē, ē aka poto ē,

ē aka hana ē, ē aka nui ē,

(a) hakatūhakatū, hakatū (i) te haè ! ».

Le jour tomba, la nuit apparut.

Atea se dressa au milieu de la nuit noire

invoquant l’esprit de ses ancêtres

de la manière qui suit :

«  Resplendit, resplendit, resplendit la terre,

que les esprits rejoignent Havaiki.

Longues Racines, Racines Nombril, Courtes Racines,

Racines Travail, Racines Énormes/nombreuses,

dressez, dressez, dressez la maison ! »

Ia pao èka to īa anaunau,

ua vae o Atea i te tuàka o te haè.

Ua too īa i pou e ùa, me te tuku io he èpo,

me te nanu, me te hakatū.

À la fin de ses incantations,

Atea choisit l’emplacement de la maison.

Il prit deux poteaux, les posa sur le sol,

les mit en terre et les redressa.

I peàuìa ai (1) : «  O Ùapou ! ».(2)

Te pou, oia hoì te heòheò o te haè.

Il dit alors : « Voici Ùapou ! »(2) ;

les poteaux, c’est ce qui rend la maison solide.

Ua too (īa) i te ao,

me te tuku ma ùka o pou,

me te humu me te puu.

I peàuìa ai : « O Hivaòa ! ».(3)

Ma hope, ua nanu o Atea i te kātina,

i te paèkutu, i te tuutuu, i te kaava òa.

Il prit alors la poutre faîtière

qu’il posa sur les deux poteaux,

les attachant à l’aide de cordages de bourre de coco tressée.

Il dit alors : « Voici Hivaòa ! »(3)

Ensuite, Atea planta les poteaux de façade,

la filière avant, les poteaux de soutien et la poutre avant.

U hakamau o Atea i te oka o te haè

ma te me te hiva tihe i te kaava òa,

ma te tua me te hiva

tihe i te tuàka.

Atea fixa les chevrons du pan avant du toit

sur la poutre supérieure et la poutre inférieure,

et ceux du pan arrière depuis la poutre supérieure

jusqu’à la terrasse de pierre.

Ua pao mea hakatahi o te hiva i te hakanuku.

I peàuìa ai : « O Nukuhiva ! ».(4)

E aha hoì to te timaù o te haè?

E àupoà.

Ua hatu īa (i) te àupoà o te haè,

e iva kōtū te òa.

Tout l’ensemble de la toiture était finement assemblé.

Il dit alors : «Voici Nukuhiva !»(4)

De quoi la couverture sera-t-elle faite ?

De palmes de cocotier.

Il rassembla les palmes de la maison

selon la technique des neuf parts.

I peàuìa ai : « O Fatuiva ! ».(5)

U peàu ta īa vehine ia īa :

«  Ua ta…, ua ta…, ua tahu te ata  ».

(I) peàuìa īa ai : «  O Tahuata ! ».(6)

Ua hiti te puàha ma ùka o te tai,

e hakakite ana u tau tata te â,

e hua te kuhane i Havaiki.

Il dit alors : « Voici Fatuiva ! »(5)

Sa femme lui dit :

«  Le ciel s’enflamme, le ciel s'enflamme ».

Il dit alors : « Voici Tahuata ! »(6)

La lumière escaladait les flots

indiquant la proximité du jour,

et enjoignant les esprits à retrouver Havaiki.

Pōnihoo anamai, ua taki te moho popouì,

te moho e hakakite ana ē, enā te â eà.

Soudain chanta l’oiseau du matin,

l’oiseau qui indique la proximité du jour.

I peàuìa ai : «  O Mohotani ! ».(7)

Ua kohi o Atea i te tau huka paotū o te haè,

me te tuku io he ùa, me te tomi.

Il dit alors: «Voici Mohotani !».(7)

Atea ramassa tous les débris de la construction

et les jeta dans une fosse qu’il recouvrit.

I peàuìa ai : « O Ùahuka ! ».(8)

Ua puaha te kōpū òumati

i te papa o te àki,

(ua) avai anamai te henua, te haè i vāveka o te Moana nui.

Il dit alors: « Voici Ùahuka ! »(8)

Le (ventre du) soleil resplendissait maintenant

sur la voute céleste,

on ne voyait que la terre et la maison au milieu de l’océan.

Ua taa te èo o Atanua ē :

« Eia ua ao, ua ao, ua ao

te Henua ènana ».

I peàuìa ai : « O Eiao ! ».(9)

La voix d’Atanua résonna alors :

« Voici que resplendit, resplendit,

resplendit la Terre des Hommes.

Il dit alors : « Voici Eiao ! »(9)

 Traduction de Jacques Iakopo Pelleau, mai 2015

(1) Pour ceux que les structures de la langue intéresse, « I peàuìa ai : » est en réalité une forme passive qui serait traduite par : « Alors il fut dit : » ; c’est pourquoi j’ai choisi une forme plus lisible de traduction.

(2) De nos jours, en raison de son relief de pics, la plupart des gens pensent que « Ùa Pou » signifie « Deux poteaux » ; certains linguistes rappellent que cette appellation veut aussi dire : « Fosse à Poteaux ». À vous de choisir !

(3) Même si le narrateur nomme « ao » la poutre faîtière, c’est aussi le nom que porte la grande île du sud ; « Hiva Òa », c’est la « Longue Poutre ».

(4) « Nuku Hiva » signifie donc « Assemblage de la Toiture ».

(5) « Fatuiva » signifie donc « Paquet de Neuf », raison pour laquelle l’orthographier « Fatu Hiva » paraît pour le moins curieux.

(6) Les interprétations du nom de « Tahuata » ne me convenant pas tout à fait, voici la mienne. Juste avant, Atanua s’exclame : « Ua tahu te ata  ! », ce qui signifie littéralement : «  S’est allumée l’image enflammée/écarlate ». Bien entendu, il s’agit du rougeoiement du ciel au lever du soleil. Je traduirais donc « Tahuata » par « Ciel embrasé ».

(7) Là, c’est beaucoup plus simple, « Mohotani » signifie « Le Chant de l’Oiseau ».

(8) Là non plus, pas de difficulté, « Ùa Huka », c’est « La Fosse à Débris ».

(9) Le nom de « Eiao » est porteur de plusieurs concepts combinés en un seul mot. Afin d’éviter les querelles de spécialistes, je dirais que ce mot dégage soulagement et émerveillement. En même temps qu’il pourrait se traduire par « Ouf, c’est fini ! », il signifie en même temps « Que la lumière soit ! », la lumière de l’astre solaire qui illumine enfin la Terre des Hommes. Pour terminer en beauté moi aussi, je choisirais : « Achèvement Lumineux ».

 

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