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Vue de la plage Vainahō et du Fort Collet, Taiohaè, Nukuhiva. René Gillotin, 1844.

QUI A VOLÉ LA « PLAQUE DE MARCHAND » À TAIOHAÈ ?

Écrit par

pierre marchand

La pierre levée de Vainahō à Taiohaè, « Te keà kamoa e te kōata »

 

Qui a volé la « Plaque de Marchand » à Taiohaè ?

        

À Nukuhiva, sur le front de mer de Taiohaè, en face de Vainahō, se dresse un monolithe, comme un index dressé vers le ciel. C’est une pierre levée, d’environ deux mètres de haut, dont le nom marquisien est « Te keà kamoa e te kōata / La pierre volée par les fourmis ».

D’où lui vient son nom ? Que fait-elle à cet endroit-là ? Depuis combien de temps se dresse-t-elle ainsi face à la baie ? À quel usage était-t-elle destinée ? Pourquoi l’appelle-t-on aussi parfois « Pierre de Marchand », et où est passée la plaque de cuivre commémorative du passage du français au large de Nukuhiva en 1791 ?

Après mon séjour à Ùapou, je me suis installé à Taiohaè en 2005 ; cette plaque était toujours en place. Elle a été volée en 2006 mais, à l’époque, personne ne s’en est préoccupé.

 

I – La pierre levée de Vainahō à Taiohaè, « Te keà kamoa e te kōata »


A) – D’où lui vient son nom ?

Une légende d’origine un peu floue raconte que ce sont de grosses fourmis (kōata) qui l’ont apportée de Ùapou en une seule nuit. Néanmoins, ce récit mythologique n’explique pas vraiment la raison de ce transport ni du choix du lieu de dépôt.

B) - Que nous disent les premiers visiteurs qui signalent sa présence ?

1)- Vincendon-Dumoulin en 1838

Clément Adrien Vincendon-Dumoulin était ingénieur hydrographe de renom ; il accompagnait Dumont d’Urville sur l’Astrolabe pour son voyage autour du monde avec la Zélée. Le 26 août 1838, les deux corvettes font leur entrée dans la baie de Taiohaè. Voici un des extraits du récit de Vincendon-Dumoulin.

« Près du rivage de Taiohaè, se trouve le moraï (*monument funéraire), qui contient les restes d'un frère de l'atepeïou Patini (*te haatepeiù Paètini/ la cheffesse Paètini), un oncle de Moana (*le chef Temoana), mort depuis quelques années, à ce qu'on nous a assuré.

Sous un hangar soutenu par des poutres, recouvert par un toit, mais dépourvu de parvis, à un mètre et demi au-dessus du sol, on voyait le coffre contenant les restes du mort. Une enveloppe de tapa blanche le couvrait de ses plis mais, du côté de la tête, une ouverture assez large laissait apercevoir les deux cornes factices (* voir note ci-dessous) dont nous avons déjà parlé, et ensuite le squelette en entier. Tout autour de cet ajoupa (*mot ancien signifiant : petite hutte), des perches longues et flexibles laissaient flotter d'étroites banderoles blanches d'un effet pittoresque, et au milieu d'elles une grossière colonne de pierre, haute d'environ deux mètres, portait une enveloppe de tapa. Un trou était perforé au milieu de ce bloc, qui avait dû exiger beaucoup de travail aux indigènes pour le polir et le façonner ainsi. Des matières animales en décomposition, des débris de fruits et de fleurs, une mâchoire de cochon, indiquaient que le mort avait reçu de nombreuses offrandes mais elles étaient déjà vieilles, et il est probable qu'elles ne sont plus renouvelées au bout d'un temps assez court. Grâce à leur frêle construction ces monuments ne tardent pas à se détériorer ; ils disparaissent en peu d'années, sans laisser d'autre vestige que les grosses pierres qui les ont supportés. »

Note : Les deux cornes mentionnées par Vincendon-Dumoulin sont, en réalité, les deux petits chignons arborés par la plupart des hommes marquisiens à l’époque, comme on peut le voir ci-après sur le portrait de Kiatonui réalisé en 1804 par Hermann Ludwig von Löwenstern :

kiatonui krusenstern 1804 copie Copie

                                     

2)- Max Radiguet en 1842

Max Radiguet était secrétaire de l’amiral Dupetit-Thouars qu’il accompagnait sur la Reine Blanche lors de la prise de possession des îles Marquises par la France en mai et juin 1842. Début juin, Max Radiguet, découvre le bord de mer de Taiohaè avec quelques officiers français ; en descendant du Fort Collet vers le village, voici ce qu’il écrit :

« Dès les premiers pas, on rencontre une case qu’exhausse le socle accoutumé de galets. Là, vivait jadis cette radieuse Paètini dont Porter célèbre la beauté […] (* En descendant du Fort Collet, la maison de Paètini se dressait donc sur une plate-forme/paepae de pierres). Un peu plus loin, une aiguade éparpille ses eaux en touchant la grève (*C’est le ruisseau de Vainahō, à sec aujourd’hui mais qui coulait encore à l’époque) et, sur sa berge droite, un bosquet d’hibiscus recelait un moraï assez pittoresque. Quatre pieux, dressés sur une plate-forme, supportaient un petit plancher recouvert d’un squelette. […] Des faisceaux de longues baguettes blanches (* des tiges d’hibiscus-hau écorcées), revêtues de tresses jaunes et rouges, étaient accolés aux montants. Aux deux côtés de la plate-forme, deux pierres levées, hautes de trois mètres, et semblables aux menhirs bretons, faisaient un ornement exceptionnel à ce moraï qu’envahissaient les broussailles, que démolissaient les rafales. »

3)- Karl von den Steinen en 1898

Karl von den Steinen était un ethnologue allemand qui séjourna aux Marquises d’août 1897 à février 1898. En mission pour le compte du Musée Ethnographique de Berlin, il était chargé de constituer une collection la plus complète possible et d’accompagner les objets récoltés du témoignage des indigènes. Sur place, il entreprend un énorme travail de collecte d’objets et de récits de tradition orale. Les résultats de son travail seront publiés en 1925 sous la forme d’une trilogie intitulée « Les Marquisiens et leur Art ». Voici la courte allusion qu’il fait à la pierre levée de Taiohaè :

« Il existe dans ces îles un monolithe au sujet duquel circule une légende ; les Marquisiens le nomment : « Pierre des fourmis rouges ». En 1898, ce monolithe, qui se trouve sur la plage de Taiohaè, était encore appelé « Pierre de Marchand » ; ce dernier l’aurait fait ériger pour commémorer sa visite. » (* Pour Marchand, voir un peu plus bas)

 

II – La plaque commémorative du passage d'Étienne MARCHAND

Pourquoi ce monolithe se nomme-t-il aussi « Pierre de Marchand » et que disait la plaque qui y était fixée ?

plaque marchand0

Étienne Marchand était le capitaine du navire de commerce français le Solide basé à Marseille. En juin 1791, il fait escale à Tahuata où il apprend la présence d’îles inconnues au nord-ouest. Il en prend la direction, fait escale dans les baies de Vaiehu et Hakahetau. Le 22 juin 1791, c’est dans cette dernière qu’il prend possession de l’île de Ùapou au nom du Roi de France. Ensuite, il fait voile en direction de Nukuhiva où les alizés d’est l’empêchent de toucher terre. Ignorant la découverte de ces îles en avril précédent par l’Américain Ingraham, il pense être le premier à les avoir vues ; il en prend possession au nom de la France et les nomme « Îles de la Révolution ». Ùapou prend le nom de « île Marchand » et Nukuhiva, celui de « île Baux », du nom de l’armateur du navire.

Pour ce qui concerne la plaque, j’ai lu que ce sont les commerçants français de Taiohaè qui l’avaient fait installer sur le monolithe ; vu que cette plaque porte les insignes de la royauté française, c’était avant 1848. Entre les éléments de fixation qui sont restés fixés sur la pierre, cette plaque de cuivre mesurait 23 cm x 43 cm. Grâce à une photo prise avant le vol de la plaque, on peut lire le texte gravé sur cette dernière :

« Au nom du Roy de France, le 23 juin 1791, Étienne Marchand, découvreur du groupe N.O. des Marquises, prit possession de l’île Nukuhiva ».

Les habitants de Taiohaè aimeraient bien revoir cette plaque retrouver sa place sur le monolithe.

Si un jour vous la voyez chez quelqu’un, aux Marquises, en Polynésie ou à l’étranger, prévenez-moi !!!


(Rédigé par Jacques Iakopo Pelleau en 2018 ; mis à jour en 2019)


Bibliographie

- Radiguet, Max, Les Derniers Sauvages ; Aux îles Marquises (1842-1859), éditions Phébus, Paris, 2001, page 84

- Vincendon-Dumoulin, Clément Adrien, Îles Marquises ou Nouka Hiva, éditions Arthus Bertrand, Paris, 1843, pp253-254

- Von den Steinen, Karl, Les Marquisiens et leur Art, édition « Au vent des îles », tome I : Le Tatouage, page 35

 

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